J'ai une idée, mais un.e auteurice vient de sortir une histoire similaire : que faire ? 

 
AppleCherryPie

Je ne compte plus les fois où j’ai pu discuter avec des auteurices non publié-es qui m’ont avoué avoir eu l’idée du siècle, celle qui les propulse à des kilomètres au-dessus du niveau stratosphérique de l’inspiration, presque aussitôt suivi d’un « mais tel-le auteurice a eu la même idée que moi  et a déjà publié son manuscrit, si je continue mon manuscrit on va m’accuser de plagiat ». 

 

En général, l’étape suivante, c’est l’abandon total de l’idée et du manuscrit par la même occasion. 

 

Je me suis toujours demandé pourquoi le fait qu’une autre personne ait eu la même idée soit si préoccupante au point de s’auto-censurer (oui, même quand on me disait « par peur du plagiat », je répondais « et alors ? » vraiment zéro sens commun vous me direz). 

 

Cet article n’a pas l’audace de croire qu’il vous immunisera contre la déception de voir un pitch plus ou moins similaire au vôtre dans un autre livre que le vôtre, mais a au moins l’espoir d’explorer des pistes de réflexion et, peut-être – qui sait –, vous donner davantage le sentiment de légitimité pour cesser vous auto-censurer

 

On part ici du principe que la réponse à la question « C’est quoi le pire qui pourrait arriver si je continue mon roman ? » est : je vais me faire accuser de plagiat. 

 

C’est sûr, personne n’aime se faire accuser de plagiat, et le plagiat c’est pas joli, tout le monde pourra se mettre d’accord là-dessus. D’après Le Petit Robert en ligne, plagier un-e auteurice c’est « Copier (un auteur) en s'attribuant indûment des passages de son œuvre. » (définition trouvée sur le site du Petit Robert.)

 

La deuxième étape, c’est de déterminer si vous êtes vraiment en train de faire du plagiat ? Est-ce que toute mon histoire, est-ce que toutes mes idées sont exactement pareilles au point que je sois en train de plagier/copier/voler l’autre auteurice ? 

 

Personnellement, j’aurais tendance à dire que NON. Ce n’est qu’à titre personnel, mais voilà ce que j’en pense : 

 

On est au 21ème siècle. Toutes les histoires ont été racontées, toutes, je vous jure. Toutes les histoires d’aujourd’hui trouvent leurs sources et puisent leurs références dans d’autres œuvres plus anciennes, que ce soient les mythes, les contes, les légendes… Même Tolkien n’a pas inventé les artefacts de pouvoir ni les batailles du Bien contre le Mal. 

 

On pourrait voir des références plus ou moins ressemblantes de toutes les histoires depuis la nuit des temps, en passant de Tolkien à Rowling, de Maas à Julia Quinn, de Marc Levy à V.E Schwab, de Marguerite Duras à Marguerite de Navarre, de qui vous voulez à qui a vendu le plus de bestsellers. 

 

On peut dire que Harry Potter (Rowling, même si je pense qu’on ne la présente plus) présente des similitudes avec Antigone (Sophocle, qui parle de la morale vs la règle), que La Vie Invisible d’Addie Larue (V.E Schwab) n’est pas le premier roman à parler de pacte avec un Dieu malicieux (cf plein de nouvelles fantastiques françaises ou étrangères), que Madame Bovary (Flaubert) n’a rien inventé sur les amours déçues et désillusions sur la vie, on pourrait trouver un lien entre le mythe d’Œdipe Roi dans Star Wars car Luke rencontre son père sans le savoir (bon, il le tue pas et ne tombe pas amoureux de sa mère mais quand même, il a été séparé de son père pour sa protection et le rencontre sans avoir aucune idée qu’il est lié par le sang avec lui et se bagarre avec, excusez-moi mais ça reprend beaucoup de choses du mythe de base quand même). 

 

Vous voyez l’idée.

On peut aussi se demander : est-ce que votre histoire ne reprend pas seulement des trope (en français, un lieu commun, un cliché, sans en avoir la connotation péjorative), et que les similitudes que vous retrouvez chez l’autre auteurice, c’est surtout car le genre de votre roman veut qu’il y ait ces mêmes lieux communs ? 

 

On retrouve ces trope dans tous les genres littéraires : dans les romances (historiques ou non), les récits initiatiques, dans les romans réalistes, dans la science-fiction, la fantasy, le fantastique… Je suis sûre que je n’ai même pas besoin de vous faire la liste des exemples que ça vous parle déjà. 

 

Mais allez, on va quand même en faire une, pour le plaisir héhé. 

 

N’allez donc pas me dire que Tolkien, Rowling, Lucas, et tant d’autres ont inventé le trope du vieux sage à grande barbe qui aide les personnages à mener leur quête à bien (Gandalf pour Tolkien, Dumbledore pour Rowling, Yoda/Obi-Wan Kenobi puis Luke Skywalker pour Lucas), ni qu’iels se sont plagié-es les un-es les autres. Iels n’ont pas non plus plagié Dante et La Divine Comédie – dedans, Dante est guidé par le vieux et sage Virgile – ni la légende de Merlin qui lui aussi est un vieux sage super puissant. 

 

Est-ce que les auteurices de romances se plagient car il y a globalement toujours un bal, et/ou le même schéma et les mêmes scènes plus ou moins ? Ou que l’un-e des protagonistes est souvent malade/va mourir ? Il me semble qu’on n’accuse pas John Green (Nos Étoiles Contraires) et Edward Zwick (réalisateur du film Love et autres drogues) de plagiats que je sache, et pourtant les idées sont quand même très très similaires.

 

Il me semble qu’on pourrait retrouver des similitudes dans les enquêtes policières et les thrillers, un moment, on a beau essayer d’être original, c’est comme les aliens : il y a tellement de planètes et de galaxies dans l’Univers que c’est impossible qu’il n’existe pas de vie sur une autre planète que la Terre. C’est pareil dans les romans, il y en a tellement que c’est pas possible de trouver uniquement  des idées 100% originales.  

 

Je ne vais pas tout lister mais je pense que vous avez compris. Allez deux autres exemples que je voulais caser : personne ne crie au plagiat quand il s’agit de X-Men, de La Reine des Neiges et de Subzero du jeu vidéo Mortal Kombat alors que les trois ont des personnages qui manipulent la glace. Quant à Six of Crows (Leigh Bardugo) et Aurora Squad (Amie Kaufman et Jay Kristoff), on se retrouve avec un groupe de personnages jeunes et aux caractéristiques similaires (un leader, un sidekick rigolo, un personnage plus rationnel et posé… qui s’embarquent dans des aventures, il y a forcément un moment où leurs aventures ratent, marchent bien, où il y a une dispute entre les personnages), sans pour autant qu’on crie au plagiat

 

Tout ça pour dire que toutes les histoires ont déjà été écrites, mais pas sous votre plume ni avec votre sensibilité. 

 

C’est ok d’avoir les mêmes idées. Imaginez si les gens qui ont un parcours très similaire au vôtre venaient vous dire « dis donc tu plagies » ben non. Je suis peut-être de mauvaise foi avec cet exemple, mais c’est pareil avec les personnages. Votre personnage a eu une enfance difficile/un ou des parents pas très présent-s/un handicap ou une neuroatypie/un traumatisme et on vous accuse de ne pas être original-e / d’avoir plagié un-e autre auteurice ? Scoop mais c’est commun que les gens aient eu un traumatisme (quel qu’il soit) dans leur vie. Pourquoi pas les personnages ? 

 

L’important dans l’écriture c’est de se faire plaisir, alors si j’ai envie d’écrire quelque chose qui ressemble à un autre roman, c’est quoi le pire qui pourrait arriver ? Je ne copie pas mot pour mot ni ne reprend idée par idée l’auteurice, et si mes idées sont similaires, est-ce que je copie ou est-ce que c’est un lieu commun et que je suis dans la capacité de changer un peu pour l’adapter à ma sensibilité d’auteurice ? 

 

Et si on vous accuse de plagiat, je dirai que : 1) les exigences des lecteurices ne sont pas les vôtres, certain-es diront que c’est le livre du siècle, d’autres que c’est nul de plagier (dans ce cas, tous les livres qui ont une école de magie et potentiellement un mage avide pouvoir c’est du plagiat HP), 2) en quoi c’est du plagiat ? Vous avez copié le livre ? et 3), rien ne vous empêche de prévenir les lecteurices que ça peut ressembler, et alors ? Regardez les quatrième de couvertures, et comparez : on y retrouve beaucoup, beaucoup les mêmes choses. 

 

Je terminerai sur cette réflexion-là : les premiers jets ne sont jamais définitifs. Un pitch peut (et va forcément) bouger à l’écriture/la réécriture. Vous allez vouloir peaufiner, retravailler, arranger. Si ça se trouve, à la fin, ça n’aura plus autant de similitudes.

 

Si vous êtes angoissé-e, faites lire votre manuscrit à un petit groupe de lecteurices en qui vous avez confiance, cherchez ensemble comment vous pourriez changer certains détails si l’angoisse de l’accusation ‘plagiat’ est trop forte. Un jour, sur ma fanfiction, j’ai reçu un commentaire qui disait « ce passage-là, ça ressemblait à Divergent ! », que je n’ai pas lu ni vu. Ben oui, en fait j’ai pas inventé l’eau chaude, mais personne, et encore une fois on tombe dans un lieu commun, c’est comme ça. 

 

Faites-vous confiance, et amusez-vous. Vous êtes légitimes ! 


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