Le transmédia, voilà un terme qui peut paraître flou pour beaucoup de personnes ; c’est pourtant un concept qui gagne en popularité et en ampleur. Une narration qui existe depuis de très nombreuses années  mais qui n’est connue que depuis peu de temps, et que je n’ai, pour ma part, réellement connue qu’il y a deux-trois ans avec Noob. Impressionnée par la méconnaissance de cette narration particulière par les gens de mon entourage, j’ai voulu faire connaître le transmédia au plus grand nombre. Suivez le guide !

Mais qu’est-ce donc que le transmédia ?

Le transmédia ou "transmédia storytelling" est une forme de narration qui utilise plusieurs médias pour développer une franchise, grâce aux spécificités d’usage et aux capacités de chaque support employé, offrant au public un regard nouveau et complémentaire sur l’univers et l’histoire. Les différents éléments composant celui-ci sont des points d’entrée multiples, indépendants.

       

Joshiro
 
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C’est en 1966 que l’on parle pour la première fois « d’intermédia » qui, selon Dick Higgins, écrivain et artiste américain, est une ouverture de la pensée créatrice en dehors de toute restriction à un seul domaine de l’art. Dans les années 70, des artistes expérimentent les narrations collectives en mixant les ancêtres des réseaux de communications actuels. A partir de là, plusieurs œuvres cinématographiques s'essaient au transmédia comme Matrix, qui dès la création du projet est pensé en termes de transmédia. Un jeu est alors réalisé en parallèle du tournage du film. De nombreuses références intra-textuelles sont alors mises en place entre les différents supports, comme le message qui compose une partie de l’intrigue de Matrix 2, qui apparaît pour la première fois dans le film d’animation Le Dernier vol d’Osiris mais qui est aussi le premier objet à récupérer dans le jeu vidéo.

Mais c’est à partir de l’émergence d’Internet, puis des réseaux sociaux, que le transmédia effectue un bond.

On nomme souvent J.R.R Tolkien comme précurseur, puisqu’il a permis la création de nombreuses choses autour du Seigneur des Anneaux : de multiples adaptations mais aussi des jeux vidéo ou des jeux de rôles. Mais il serait plus juste de désigner George Lucas et Star Wars comme véritable précurseur, bien qu’au début, Lucas n’a jamais pensé sa saga comme transmédia : c’est bien après que l’univers a pris de l’ampleur. C’est d’ailleurs grâce à Star Wars, si l'on peut dire, que le transmédia a pu être connu de tous.

Aux Etats-Unis, ces œuvres sont souvent nommées « franchises transmédia », en référence au contrat par lequel l’auteur est susceptible de céder certains droits à des tierces parties, notamment pour la réalisation de suites, de produits dérivés ou de développement annexes. Toute une recherche de cohérence doit être effectuée dès la genèse du projet pour en faire une œuvre transmédia homogène. Et attention, dans le pays d’Oncle Sam, n’est pas franchise transmédia qui veut ! Des règles doivent être respectées :

  • Une œuvre transmédia se doit d’être composée de minimum trois lignes narratives existant dans le même univers sur des supports différents : cinéma, télévision, bande dessinée, roman…

  • Elle doit reposer sur une histoire solide, ouverte et disposant d’un univers riche.

  • La trame narrative principale doit reposer sur un média prépondérant sur les autres.

  • Et elle doit instaurer une relation durable avec le public.

Parlons-en du public, car sans lui, sans les fans, l’univers transmédia n’a que peu d’intérêt. C’est le public qui le fait vivre, par sa curiosité et son amour de la trame narrative principale, qui lui a fait découvrir l’univers en question.

Le transmédia est vu avant tout comme une technique marketing pour vendre un produit à un public, mais c’est aussi une excellente ouverture artistique qui a permis une explosion créatrice très importante. Beaucoup d’artistes à l’imagination débordante, mais aux moyens financiers peu importants, se tournent vers le transmédia pour retranscrire leur univers à travers le dessin, la musique ou le théâtre, des arts plus faciles d’accès et généralement moins coûteux. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir la naissance de collectifs d’artistes aux domaines différents autour de mêmes projets, encourageant la communication et l’entraide. Comme exemple proche, on peut citer Les Portraits de Louis, un projet mêlant écriture, dessin, court-métrage, théâtre… (présenté dans webzine de juin 2015, p.19) Le transmédia permet aussi à des artistes, comme les écrivains, d’émerger à travers les univers dans lesquels ils écrivent, et de leur donner les cartes nécessaires à leurs premiers pas en indépendant.

En plus de toutes les œuvres créées dans le respect de ces règles et des droits d’auteur, il existe une autre facette du transmédia, tout aussi créative, mais beaucoup moins officielle : les créations des fans. Les fanfilms, fanfictions, fanarts, font autant partie du transmédia que des jeux vidéo ou des films, la seule différence réside dans le fait qu’ils ne possèdent pas les droits de l’œuvre, ni ne sont reconnus comme appartenant à cet univers. Et ces œuvres sont prolifiques : citons par exemple le court-métrage Severus Snape and the Marauders, film tout récent qui conte un combat entre le Professeur Rogue et les Maraudeurs à la fin de leur scolarité ; ou encore la fanfiction en plusieurs tomes d’Alixe, Les Survivants, qui prend le parti de raconter les dix-neuf ans qui s’écoulent entre la Bataille de Poudlard et l’épilogue. En plus d’enrichir les univers de façon officieuse, cela permet en plus à certains artistes de prendre confiance en eux avant de faire le grand pas et de tout créer de zéro !

Oui mais transmédia, crossmédia, multimédia, quelle est donc la différence ?

Oh mais ne vous inquiétez pas jeunes gens, la différence est très simple à faire en vérité, et vous la faites tous inconsciemment tous les jours, ou presque… Car si le transmédia est « l’expansion d’un univers par différentes histoires sur tous types de support », le crossmédia, lui, est tout simplement « la transposition d’un univers d’un média à l’autre », alors que le multimédia désigne seulement « la réunion du son, du texte et de l’image sur un média numérique », comme les DVD.

Simple n’est-ce pas ? Non ?

Vous n’osez pas le dire, mais je suis sûre que vous n’avez pas tout compris de ce que j’ai pu raconter. Je vous rassure, moi-même j’ai eu un mal fou à tout déchiffrer quand j’ai fait mes recherches pour l’article. Mais rassurez-vous, j’ai la solution parfaite : des exemples !

Noob, le précurseur français

Depuis quelques années, Noob a fait un bond de popularité, et il reste peu de personnes qui ignorent ce que c’est. Noob, c’est un peu le spécialiste du « précurseur ». Précurseur en web-série française, précurseur en crowdfunding (financement participatif), toujours détenteur du record européen. Mais c’est aussi un précurseur dans le transmédia.

Noob, c’est d’abord une web-série entre copains de cinq saisons, qui commence en 2008, et ils débutent l’aspect transmédia en publiant aux éditions Octobre des aventures inédites des héros qui se déroulent entre les différentes saisons. Fabien Fournier, créateur et scénariste de l’univers, entame même une série de romans se passant en parallèle de l’histoire principale. En 2014, tout s’accélère avec l’explosion de leur crowfunding et la réalisation de leurs trois films, toujours en cours de création, qui passent d’abord au Grand Rex et sont en libre accès sur Internet.

Noob a permis de faire connaître le transmédia en France et en Europe, mais y gagnerait assurément en quittant un peu les médias du web et en se diversifiant dans d’autres arts tels que le dessin ou le théâtre par exemple. 

Harry Potter, de crossmédia à transmédia

Mais pourquoi je vous parle donc de notre sorcier préféré, il n’a rien à voir avec le transmédia, me diriez-vous ? Et vous auriez raison mais avec une certaine nuance.

Il est vrai qu’Harry Potter est plus un exemple de crossmédia : une saga littéraire adaptée au cinéma puis en livre audio. Mais Harry Potter c’est aussi un peu de transmédia, certes pas autant que mes autres exemples, mais tout de même : qui n’a jamais lu de parodie de cette sublime saga, ou lu des fanfictions ? Et puis le petit Harry se met même officiellement au transmédia ! En juin 2016 commencera la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit qui se passe dix-neuf ans plus tard, et se concentre sur Albus Severus Potter. Le nouveau film Harry Potter, qui adapte Les animaux fantastiques, est à la fois un représentant du transmédia et du crossmédia, car il raconte une histoire originale, se passant 70 ans avant Harry Potter, mais qui est inspirée du livre Les Animaux Fantastiques.

Comme quoi, même les univers auxquels on s’attendait le moins se mettent au transmédia, alors même que JK Rowling avait toujours affirmé qu’il ne sortira plus rien lié à Harry Potter.

Et si on devait résumer tout cela ? Eh bien, le transmédia a été envisagé comme un procédé marketing pour vendre un produit, mais c’est aussi un excellent moyen de création riche et sans fin, dont les seules limites sont l’imagination des créateurs et les univers qui existent. Si c’est un concept difficile à appréhender, aux règles complexes, il permet aussi une nouvelle approche de l’art rafraîchissante et inventive.

le TRANSMÉDIA

par Joshiro

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