Rappel : du fait d’un lectorat divers et varié impliquant des âmes mineures, l’acte sexuel (érotique ou non) sera ici remplacé par le terme non moins trivial que « brioche ».

Introduction

On ne va pas se mentir : dans un roman, une scène de brioche marquera souvent bien plus les esprits qu’une scène de jardinage (à part si ce jardinage est vraiment épique !). La brioche a toujours su, d’une manière ou d’une autre, fasciner les hommes, par ses nombreuses composantes, en particulier lorsqu’elle est insérée dans une histoire. Elle peut être sensuelle, provocatrice, tabou, vectrice de fantasmes en tous genres… Au-delà du besoin physiologique de reproduction, certaines œuvres ont su en faire un art. Dans un roman, une scène de brioche peut déchaîner les passions intérieures de vos lecteurs. Même dans la vie en général, la brioche peut tenir une place plus ou moins importante dans les esprits de tout un chacun (je vous vois, petits pervers !).

       

Ielenna
 
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Alors la question, quand on est auteur, c’est bien sûr de savoir s’il est utile d’insérer une scène de brioche dans son roman. Comme vous vous doutez, cet article ne donnera pas de réponse binaire oui/non, mais vous permettra peut-être d’analyser plus en détail la démarche qui vous amènera à écrire, ou pas, votre scène de brioche.

Car la brioche, c’est beau. En général. Ça peut être synonyme d’amour, de liberté, de passion. Ou, à l’inverse, marquer une violence, un abus. Cependant, la redondance de tels passages peut également porter préjudice à l’œuvre dans sa globalité. J’ai en mémoire un ami lui aussi auteur de fictions qui a ainsi abandonné la saga L’Épée de vérité de Terry Goodwin, du fait de l’omniprésence des passages impliquant des brioches ralentissant l’aventure et faisant perdre le caractère d’origine de l’histoire. À trop vouloir en faire, la brioche peut facilement basculer vers le ridicule. À savoir qu’il existe même un prix littéraire pour récompenser la pire scène de brioche publiée de l’année ! (The Bad Sex In Fiction Award). Alors avant de tomber dans l’extrême de vouloir rajouter une scène de brioche à tout prix, ou au contraire de l’oblitérer complètement, penchons-nous ensemble sur la question.

Les arguments

Pour commencer, voici quelques allégations qui peuvent être entendues çà et là.

C’est un acte naturel, ça fait partie de la vie.

Tout autant que celui d’uriner. Ce n’est pas pour autant qu’on a le droit de profiter de merveilleuses scènes privées dans les toilettes en compagnie des personnages ! Pour rappel en aparté, si un personnage se rend aux toilettes, c’est qu’il y a 1) forcément un méchant qui l’y attend, 2) une annonce de grossesse (souvent fortuite, oups !), 3) annonce d’une action imminente pas loin, 4) une brioche dans le lieu bien glauque que sont les toilettes.

Les lecteurs aiment ça.

C’est subjectif. Il existe des personnes, des lecteurs, qui n’aiment pas la brioche, dans les livres, dans la vraie vie ou dans les deux. Les brioches possèdent parfois un caractère de voyeurisme qui peut fortement gêner certains lecteurs. Qu’on laisse aux personnages un peu d’intimité et de dignité, que diable !

Ça permet de mieux comprendre la psychologie des personnages.

Je n’ai jamais monté un traité de psychologie ou de philosophie autocentrée en briochant, mais pourquoi pas, on a tous des talents cachés ! Même si j’entends cet argument, et le soutiens même d’une certaine manière (et je l’expliquerai plus bas), je pense juste qu’il est tout aussi valable que de dire que l’on peut essayer d’analyser le tempérament d’un personnage à la manière de préparer son thé, par exemple. La brioche n’a pas l’exclusivité de ce genre d’analyse. Ce n’est, en tout cas à mes yeux, pas son but premier, mais il peut certes apporter sa pierre à l’édifice selon sa tournure.

 

Un roman sans brioche, ça ne vaut pas le coup.

Ah. Ce qui explique sûrement le non-succès d’œuvres phares comme Le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter.

Mais alors quels intérêts pour une scène de brioche ?

 

Marquer le grand saut dans une relation

Des personnages qui se tournent autour depuis trois tomes, et BIM ! Ah ! Notre frustration de lecteur, qui les voyait parader depuis tout ce temps, la voilà qu’elle explose dans un sentiment d’accomplissement ! Bravo à eux, ils sont arrivés à franchir le pas ! (iiiils soooont des nô-ôtreuh !). Que la scène soit subliminale ou détaillée, c’est le fait de combler un trou manquant (sans mauvais jeu de mots) dans la relation de deux personnages qui marque, et nous en sommes les joyeux témoins, youpi !

 

Expliquer un traumatisme

Une brioche forcée peut être traumatisante pour un personnage, expliquant un comportement ultérieur, ou brisant une partie de son innocence. Les impacts psychologiques sont très forts et mettre à part ce moment douloureux de la vie de votre personnage nous empêcherait de le comprendre. Il risquerait de manquer un élément de l’intrigue. Encore une fois, il n’est pas obligatoire de décrire la scène, elle peut être simplement citée. Si le viol peut exacerber l’empathie du lecteur, attention cependant à son usage, nous restons dans un thème sensible.

 

Montrer l’évolution d’une relation entre deux personnages/d’un personnage

Hm. Non, vous ne voyez pas ce que je veux dire par là ? Tenez, pour les sérivores, prenons les premiers épisodes de Breaking Bad. Dans le pilot, nous avons le droit à une scène de brioche coutumière entre un vieux prof encroûté dans sa routine et frustré par sa carrière et sa gentille petite femme. Les épisodes suivants, les choses s’accélèrent, le gars entre dans des histoires de drogue (je ne vais pas vous raconter en détail), mais toujours est-il que, quelques épisodes plus tard, nous avons le droit à des mains baladeuses sous une table en pleine réunion scolaire et une brioche fougueuse dans une voiture, ce qui ne manquera pas d’étonner notre bonne petite femme au foyer. La brioche n’est pas là pour un souci de romantisme, mais bel et bien pour montrer que le personnage a pris un nouveau tournant : prêt à prendre des risques. Et il le dit lui-même.

La comparaison de deux scènes de brioche avec un ou des mêmes personnages peut nous permettre de voir transparaître quelques petites différences sur lesquelles il est parfois difficile de mettre les mots dans d’autres circonstances. Cela vaut aussi par exemple pour des comparaisons de relation comme un homme/sa femme VS un homme/sa maîtresse.

 

Marquer un trait moral d’un personnage

Cela rejoint un peu le paragraphe précédent. Une scène de brioche peut permettre de se rendre compte qu’un personnage est bienveillant, pervers narcissique, timide… Car découvert de ses artifices, le personnage « nu » (dans les deux sens du terme, anatomiquement et de manière plus ou moins omnisciente) peut faire ressortir quelques points de son caractère plus facilement. Ou en tout cas, de manière plus évidente. Ou à l’inverse, marquer une ambivalence dans le personnage. Exemple : un gars d’apparence sympathique et ouvert d’esprit, qui dans une brioche, va imposer ses idées et ne pas prendre en compte les envies de son partenaire.

Parler d’un sujet concernant le public visé

Là-dessus, on pensera surtout aux adolescents, mais ils n’ont pas l’exclusivité de ce traitement de faveur ! Dernièrement, la mise en lumière du sado-masochisme par un certain roman nous le prouve. Mais on peut imaginer pléthore de thèmes : la contraception, l’homosexualité, la grossesse, le féminisme, l’amour à soixante-dix ans… Les histoires ont toujours servi à véhiculer des messages, pourquoi pas par le biais de la brioche ? Quelques lecteurs pourront vous avouer que certains livres, comme ceux écrits par John Green, Jean M. Auel ou, de manière plus personnelle, ceux de Mireille Calmel, ont contribué à leur éducation sexuelle lorsqu’ils étaient alors des pré-adolescents/adolescents plein de questions.

 

Exciter le lecteur

Hé, nous n’allons pas le cacher ! Ça plaît à la plupart des lecteurs, ces choses-là ! J’ai bien dit la plupart. Dans le cas contraire, des collections comme les Harlequins n’existeraient pas. Attention, si ces scènes ne sont là que dans ce but, leur répétition risque de devenir rapidement lassante.

Que faut-il regarder avant d’écrire une scène de brioche ?

Le public de la fiction


Si vous écrivez une aventure adressée à des enfants de 10-11 ans, vous vous doutez que vous n’allez pas mettre une brioche en plein milieu ! Ou même un roman pouvant attirer un public plus spécifique, il faudra toujours veiller à ce que la brioche n’altère pas les fondations adjacentes de votre histoire. Car la brioche marque les esprits souvent davantage que d’autres scènes plus anodines, et il ne faudrait pas non plus qu’elle fasse tâche et qu’elle casse toute votre démarche.
L’inverse s’applique également. Il existe par exemple des débats à propos de l’inexistence de mentions briochesques (ou du moins une vision de la brioche décalée par rapport à la réalité) dans des œuvres destinés à un public adolescent, comme Harry Potter et Hunger Games. Pour un public concerné par ce genre de questions existentielles à cet âge, pour certains, les héros de ces cycles semblent complètement asexués et leurs histoires d’amour se résument à un épilogue coulant de rose dont beaucoup se seraient passés.

L’intérêt au sein de l’intrigue

Mais justement, question légitime que certains se posent : y aurait-il eu un intérêt à ce qu’on ait le droit à une scène de brioche dans Harry Potter ? Dans l’intrigue de la bataille contre Voldemort et le combat entre bien et mal, certainement que non. Cela n’aurait amené aucun élément nous permettant d’avancer sur ce fil.

Une scène de brioche qui n’a pas d’intérêt au sein d’une intrigue peut avoir le même effet qu’une scène de repas de famille dans laquelle les protagonistes échangent des propos anodins, sans rapport avec l’histoire. Certains lecteurs trouveront cela intéressant, car cela développe un autre pan des personnages et de l’univers, et d’autres n’y trouveront rien à retenir.

 

Conclusion

 

La brioche n’est pas indispensable à une histoire, cependant, bien utilisée en fonction du contexte, elle peut avoir une force de frappe inégalable. Il est nécessaire de bien analyser la situation et de connaître le but de la brioche que vous insérerez dans l’histoire, pour ainsi choisir la manière la plus adéquate de l’écrire. Pour cela, je vous renvoie vers l’excellent article écrit par Sandra et Laure, que vous retrouverez en page 11 du webzine #7 ou page 175 du Codex.

L’essentiel, c’est d’être sûr de sa décision, qu’il s’agisse d’en insérer ou non, d’être confiant vis-à-vis de cette décision (si vous avez absolument envie d’en mettre une, que vous avez toutes les raisons pour, mais que vous vous retenez de crainte d’être jugé, c’est bien dommage… !) et de ne pas basculer vers l’excès. Mais surtout, de vous faire plaisir. Par les mots ou autrement, petits coquins… !

les SCÈNE ÉROTIQUES

sont-elles INDISPENSABLES ?

par IELENNA

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