Les origines de certains
monstres d'Halloween

 
EmeraldSnow

Comme pour Halloween, les monstres qui peuplent notre imaginaire ne sortent pas de nul part. Ils sont la construction de plusieurs mythes et légendes du folklore, un héritage plus ou moins direct  des croyances d’antan. Transformés et adaptés par l'imaginaire collectif, ils n’en restent pas moins un héritage culturel qu’il est intéressant de connaître. D’autant que certaines légendes sont toujours d’actualité dans d’autres régions du Monde.  Mais je n’en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous-même, l’origine, autant effrayante que fascinante, de ces créatures. 

Jack O’Lantern et les Citrouilles 

 

Je vais commencer par cette légende méconnue en France et qui, pourtant, prend racine dans l’origine même d’Halloween, puisqu’elle remonte à un très vieux folklore irlandais. Je parle, bien sûr, de la légende de Jack O’Lantern. 

Bien qu’il existe plusieurs versions à cette histoire, toutes s’accordent à dire que Jack était un ivrogne irlandais, connu pour son avarice, qui invita le Diable à venir boire un verre avec lui. Certaines versions suggèrent que c’est le diable lui-même qui vint lui rendre visite pour l’emmener en enfer. Quoiqu’il en soit, le Malin et l’Irlandais burent un coup ensemble. Au moment de payer l’addition, fidèle à son caractère, Jack refusa de dépenser un sou et défia le seigneur des Enfers de se changer en pièce pour tromper l’aubergiste. Le diable ricana et s’empressa de lui prouver le contraire, mais Jack, malin, empocha aussitôt la pièce et la plaça dans sa poche, à côté d’une croix d’argent. Ainsi pris au piège, le diable ne put retrouver sa forme originelle se retrouva contraint de passer un pacte avec Jack l’Avare. L’Irlandais lui fit promettre de ne pas venir l’embêter pendant un an et, s’il venait à mourir, de ne pas réclamer son âme. En d’autres termes, il devait lui refuser l’entrée des enfers. 

C’est ici la partie la plus connue de la légende, mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Fort de son succès, on raconte que Jack réitéra sa farce l’année suivante. Il trompa le Diable afin qu’il grimpe dans un arbre pour récupérer un fruit. Une fois en haut, Jack grava un signe de croix dans l’écorce de sorte que le Diable se retrouva coincé au sommet. Il ne le laissa redescendre que contre un renouvellement de la promesse de l’année précédente, pour une période de dix ans. 

Peu de temps après, Jack mourut. La légende raconte que Dieu ne voulut pas de son âme souillée et cruelle au paradis. Dépité, l’Irlandais se rendit alors en Enfer, mais le Diable, fidèle à sa promesse et particulièrement remonté contre Jack, ne l’autorisa pas à entrer. Il le renvoya errer dans les ténèbres, avec pour seule lumière un bout de charbon incandescent. 

Jack s’en alla donc, mais le vent qui soufflait menaça d’éteindre la braise. N’ayant avec lui que le navet qu’il mangeait lorsqu’il mourût, Jack décida de le tailler pour y abriter le bout de charbon. On raconte qu’il erre depuis lors, arpentant la terre. Jack l’Avare devint ainsi Jack à la Lanterne  (Jack of the Lantern), abrégée en Jack O’Lantern. 

 

Cette légende semble expliquer l’origine des légumes sculptés. Pourtant, même sans chercher dans le folklore irlandais, on sait qu’il était coutume de creuser des masques humains ou animaux dans les légumes, que ce soit chez les celtes, les romains ou même plus tard les Français. Ainsi entre le XVème siècle et les années cinquante, la coutume bretonne voulait que l’on sculpte des navets et rutabaga pour effrayer les passants lors de la Toussaint. Ce n’est qu’avec l’arrivée d’Halloween sur le Nouveau-Continent, qu’il a fallu chercher une alternative à ces légumes et que la citrouille a fait sa grande arrivée, pour rencontrer le succès qu’on lui connaît désormais. Une tradition de plus qui n’est pas purement commerciale ! 😉

 

Le Croque-Mitaine, BoogeyMan ou le monstre aux mille visages

 

Vous avez sûrement déjà entendu ce nom. On le murmure aux enfants de toutes les régions du monde. Ce monstre qui vient vous hanter, vous manger, vous effrayer lorsque vous…

Lorsque vous quoi ? 

 

Eh bien c’est là que la légende varie et pour cause ! Le croque-mitaine, pour ne l’appeler que par ce nom, n’est pas une entité bien définie. Monstre aux mille visages, il emprunte celui qui effraie le plus en fonction des régions. Tantôt ogre affamé qui dévore les enfants qui ne sont pas couchés la nuit ; tantôt monstre des lacs qui attrapent les enfants qui s’approchent trop près du rivage, le Boogeyman est l’incarnation des règles et interdits fixés par les adultes. C’est un personnage symbolique, avec lequel on effraie les enfants pour qu’ils obéissent sans rechigner. C’est, en quelque sorte, l’autre versant de notre père Noël occidental. Il est celui qui punit pour mauvais comportement et, en cela, se rapproche du père Fouettard. 

 

C’est sans doute pourquoi il change de nom, de visage ou même de fonction selon la région du monde dans laquelle on narre son histoire. Dans des régions glacées, il sera celui qui croque les doigts et les orteils s’ils ne sont pas cachés par les gants ; dans une autre, il dévorera ceux qui sont méchants. Il est assez intéressant de noter que ce monstre n’est pas l’apanage du monde occidental : on retrouve sa trace autant en Asie qu’en Afrique ! Monstre universel donc, il a surtout pour but de marquer les interdits sur les moments ou les lieux dangereux en utilisant la peur des enfants.  

Mais à quand remonte les premières traces de ce monstre en Europe ? 

On trouve des traces d’une histoire un peu similaire à l’époque de la Grèce antique avec un esprit malfaisant nommé Lamia ou Mormo selon les régions. Dans la Rome antique, on utilisait le nom d’un brigand local, Cacus, pour effrayer les enfants et les faire obéir. On murmurait qu’en cas de mauvais comportement, il viendrait les tuer dans leur sommeil.  

Bref, c’est un monstre universel et sans doute aussi ancien que les règles d’éducation elles-mêmes. 

Un monstre aux multiples noms 

Voici quelques-uns de ces noms en France.

 

Dans toute une partie de la France, il était connu comme Babau, un ogre ou fantôme qui mange les enfants lorsqu’ils sont méchants, et particulièrement réputé auprès des nourrices. En Bourgogne, il prend le doux nom de vuivre et vit dans les étangs où il attire les enfants. Même rengaine dans le Nord-Pas-de-Calais où il est connu sous l’appellation de « Snouck » et dépeint comme un brochet géant mangeur d’enfants. 

 

Ce ne sont ici que quelques exemples, il en existe une multitude d’autres. Si ça vous amuse ou que vous êtes curieux, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à Wikipédia qui recense tous les noms de Bogeyman en fonction des régions du monde ! Il y en a de partout et pour tous les goûts ! 😊

Une comptine associée ! 

 

Dans les années 1920-1930, les enfants de maternelles pouvaient apprendre à l’école la comptine associée à ce monstre. La voici : 

« Connaissez-vous Croque-mitaine,
Miton, miton, mitaine.
Il a deux yeux grands et perçants,
Une grande bouche, de grosses dents . »

Les vampires, strogoï et autres suceurs de sang

Un mythe ancien et une crainte universelle

 

Les vampires tels que nous les connaissons aujourd’hui sont, eux aussi, la conséquence de l’évolution de plusieurs mythes et légendes qui ont évolués au fil du temps. Si certains prétendent qu’ils craignent le soleil et d’autres qu’ils ne peuvent supporter l’eau bénite, les croix chrétiennes et autres signes religieux ; tous s’accordent sur un fait : le vampire moderne est pâle, possède une pair de crocs aiguisés et se nourrit de sang humain. En quelques mots, c’est un revenant « en corps », pour utiliser le terme consacré depuis l’Antiquité. Cela signifie tout simplement que le vampire utilise un corps, le sien ou celui d’une victime selon les différentes légendes, contrairement aux revenants en « esprit », comme les fantômes. 

C’est d’ailleurs la croyance que les morts puissent revenir en chair et en os dans notre monde qui est à l’origine des mythes sur ces créatures, et ce depuis l’Antiquité. Les historiens pensent que le vampirisme était un moyen d’expliquer les morts incomprises, dues aux maladies comme la peste, la tuberculose ou toutes autres morts suspectes. Rappelons-nous, en effet, que les maladies et leurs moyens de transmission n’étaient pas connus à l’époque. Les malades étaient alors vus comme des victimes du Malin. Les vampires, ou créatures associées, auraient donc une explication rationnelle. C’est du moins la théorie, libre à vous de croire ou non aux légendes qui ont participé à les populariser.  

Une chose, au moins, est certaine : on a retrouvé des preuves de ces croyances jusqu’à l’Antiquité, bien que les monstres d’alors fussent désignés par d’autres termes, et leur existence est loin de se limiter au monde occidental. Voici quelques-unes de leurs représentations au fil du temps et des civilisations. 

Dans l’Antiquité 

 

Les peuples Assyriens et Babyloniens sont les premiers à évoquer ces créatures. Il était coutume de réciter des incantations pour neutraliser les mauvais esprits qui venaient hanter les vivants pour se repaître de leur sang. La peur du cadavre qui se relève est également partagée par les Égyptiens qui observaient un culte de la mort stricte pour éviter que le défunt revienne les hanter. Bien que le terme « vampire » ne soit pas alors d’actualité, on observe déjà les prémices de concept qui mènera à nos chers monstres à crocs. Dans la civilisation grecque et un peu partout en Europe, on plaçait des pierres sur les membres des défunts afin d’entraver leurs mouvements dans le cas d’un retour parmi les vivants. Beaucoup de civilisations enterraient les morts avec des offrandes, nourriture ou objets chers au défunt, de manière à combler ses besoins éventuels et à lui ôter ainsi toute motivation de quitter son cercueil. La nourriture était supposée limiter les gargouillements de son ventre et ainsi lui éviter de venir chasser parmi ses anciens congénères. Les objets étaient là pour combler l’ennui. Certains peuples pensaient, en effet, qu’il fallait une occupation supplémentaire au défunt et l’enterraient avec des faucilles, aiguilles à coudre et autre objet de travaux manuels. Tout était fait pour encourager le mort à dormir ou, en cas de réveil, à se contenter des offrandes disposées à ses côtés. 

Les revenants étaient souvent associés à l’idée d’une vie de péchés. Dans la Rome Antique, on murmurait que l’esprit des brigands était condamné à revenir errer sur parmi les vivants et les prêtres étaient chargés de les écarter. Une cérémonie religieuse, les Lemuria, leur était même consacrée. Le père de famille devait se lever à minuit, aller pieds nus jusqu’à la fontaine de l’atrium. Là, s'ensuivait tout un rituel destiné à repousser les spectres. Le père de famille devait se laver trois fois les mains, jeter des fèves par-dessus son épaule, puis remplir un vase d’airain d’eau et le frapper neuf fois en récitant une prière contre les esprits. 

Les Grecs, quant à eux, craignaient les Lamies, sorte de femmes à corps de serpent, qui attiraient les hommes en montrant leurs seins pour ensuite les dévorer ou qui s’attaquaient aux enfants en suçant leur sang jusqu’à la dernière goutte. 

Vrykolakas – Moyen-Âge, empire Byzantin

 

Au Moyen-Âge, chez les Byzantins, on croyait en l’existence de « revenants en corps », proches de notre conception actuelle des zombies et de celle des vampires d’alors dans le folklore des Balkans. Un mort pouvait se relever s’il avait commis, de son vivant, un sacrilège, un péché grave ou consommé de la viande animal blessé par un loup. 

On repérait les Vrykolakas à leur apparence : cadavres sans aucune trace de décomposition, ils avaient le teint doré, tirant sur le rose lorsqu’ils étaient gorgés de sang et pouvait même gonfler. Certaines légendes en Serbie murmuraient qu’ils avaient les cheveux roux et les yeux gris. Tout comme nos vampires modernes, ces créatures devaient frapper à la porte des maisons et appeler leurs habitants par leur nom. Sans réponse, elles étaient condamnées à retenter leur chance ailleurs, mais, si par malheur, l’un des habitants venaient à réagir, on était certain qu’il mourrait dans les jours prochains. On raconte aussi que les Vrykolakas écrasaient leurs victimes en s’asseyant sur elles pour les étouffer, de manière identique aux incubes ou vampires du folklore bulgare. 

Tout comme les suceurs de sang Bulgares, les Vrykolakas gagnaient en puissance avec le temps. Il était donc nécessaire de les arrêter en détruisant leur corps. Les méthodes étaient variées : du pieu dans le cœur, à la décapitation, en passant par l’exorcisme et la crémation. Les destructions des cadavres incriminés avaient lieu le samedi, seul jour où, disait-on, la créature se trouvait dans son cercueil. Sur ce point, le mythe des Vrykolakas rejoint celui des vampires bulgares.

Jiangshi, Chine

 

Certaines histoires du folklore chinois évoquent des monstres ressemblant à l’idée que l’on peut se faire des vampires, dans le sens étymologique de ce mot, c’est-à-dire des revenants en corps. Dans les légendes, les Jiangshi sont des cadavres ranimés par un prêtre taoïste afin que le corps puisse se rendre dans sa ville natale afin d’y être enterré. Ces cérémonies, dit-on, sont pratiquées à la demande de la famille lorsqu’elle ne peut pas se rendre sur le lieu du décès. 

 

Mais ce n’est pas là, l’unique façon de se transformer en Jiangshi. Un déséquilibre dans le flux énergétique du corps, en faveur de la force Yang (en opposition au Yin) pouvait également résulter en une transformation ; tout comme un événement inhabituel lors de la veillée funèbre. On croyait, en effet, qu’un orage ou un chat sautant sur le cercueil était source de déséquilibre. Restait aussi la possession du corps par un esprit. 

 

On représente les Jiangshi comme des cadavres à la peau verdâtre, souvent en état de décomposition avancée. Leur démarche sautillante et leur posture courbée vers l’avant, bras tendus, évoquent un peu les représentations actuelles des zombies, mais leur régime alimentaire se rapproche de la conception moderne des vampires. On racontait, en effet, que les Jiangshi sortaient la nuit pour vider leurs victimes de leur essence vitale. 

 

Autre point commun avec nos amis à crocs, les Jiangshi détestent leur reflet. Pour les neutraliser ou s’en protéger, on plaçait donc des miroirs dans les diverses pièces des habitations. Le vinaigre et le sang de chien noir étaient également réputés pour les repousser, mais la méthode la plus efficace restait de poser un talisman taoïste sur leur front. Ce dernier point n’est pas sans rappeler la peur des croix chrétiennes de nos vampires occidentaux et montre bien l’universalité de ces créatures.

 

Vetala - Inde 

 

Les Vetalas sont des créatures démoniaques du folklore hindou. Réputé dangereuses, elles se tiennent à l’envers dans les arbres, perchées à la manière des chauves-souris, pour guetter leur prochaine victime. On raconte qu’elles ont la faculté de pénétrer dans les corps humains ou animaux et de les ranimer pour en prendre possession. Les corps ainsi utilisés ne se décomposent plus, mais l’âme de son ancien propriétaire est entièrement anéantie. 

Asanbosam – Folklore Ashantis, Afrique de l’Ouest (Gana)

 

Les Ashantis sont des créatures du folklore de l’Afrique de l’Ouest. On ne connait pas grand-chose de ces monstres, mais les quelques détails qui nous sont parvenus rappellent fortement nos vampires occidentaux. Créatures humanoïdes avec des doigts en fer, les Asanbosam ont la peau rose, de longs cheveux et des crochets de fer en guise de pied. On raconte que ces créatures vivent perchées dans les arbres et attaquent leur victime à la manière de rapaces fondant sur leur proie. 

Roumanie et les Balkans 

 

Il est connu que les vampires modernes sont fortement inspirés des croyances de l’Europe de l’Est. Découvertes lors des guerres de religions, elles ont surpris plus d’un soldat. A cette époque, les populations des Balkans étaient persuadées d’être sous le joug d'infections vampiriques. Il était courant de déterrer les cadavres pour les tuer une seconde fois. La moindre bizarrerie sur le corps déterré était un signe de vampirisme : un gonflement du cadavre ou, pire encore, un corps parfaitement conservé, ne laissaient aucun doute. On croyait également que la lune renforçait leurs pouvoirs et leur permettait de ressusciter plusieurs fois. On enterrait les personnes soupçonnées d’avoir été mordues par les vampires dans des tombes orientées d’Est en Ouest, sur le ventre. De cette façon, lorsque le défunt voulait se relever, il se retrouvait face à la terre et se mettait à creuser, s’enfonçant de plus en plus dans les entrailles du sol. En se penchant sur les sépultures slaves, les historiens ont été surpris de trouver nombre de squelettes enterrés à l’écart, un trou dans le crâne ou dans les côtes, voire pour certains, entièrement démembrés. Ces découvertes montrent l’importance accordée au mythe des vampires dans cette région d’Europe. 

 

La première mention écrite du terme « vampyr » a été retrouvée dans le rapport de deux affaires vampiriques en Serbie, au début du XVIIIème siècle. En 1725, dans le village de Kisiljevo, meurt un paysan du nom de Peter Plogojowitz. L’histoire, jusqu’ici banale, prend une tout autre tournure lorsque sa femme le voit frapper à sa porte dix jours après l’enterrement pour lui réclamer une paire de chaussure. S’ensuit une série de disparitions étrange et l’on soupçonne alors un cas de vampirisme. La tombe de Peter est ouverte, révélant un cadavre intact, sans aucune trace de décomposition. Vous l’aurez sans doute compris à ce stade, mais c’est là le signe d’un revenant pour la majorité des civilisations. Le rapport fait même mention de sang dégoulinant de sa bouche. Il n’en faut pas plus pour l’accuser du meurtre des disparus et lui enfoncer un pieu dans le cœur. Malheureusement pour eux, la région est infestée de vampires et quelque temps plus tard, non loin de ce même village, un second cas d’infection apparaît : celui d’Arnold Paole. Bandit de son vivant, il aimait raconter avoir été mordu par un vampire sans avoir contracté l’infection. Pourtant, à sa mort, on raconte qu’il massacra la moitié des habitants de son village, avant de connaître un sort similaire à celui de Peter Plogokowitz. Ces deux affaires furent à l’origine d’une vague de peur et d’attrait pour les vampires, que certains historiens considèrent comme le relais des terribles bûchers de sorcières. 

Mercy Brown – Amérique

 

En 1892, dans le Road Island, une série de morts inexpliquées ravage la région. Il n’en faut guère plus pour que les esprits s’enflamment et que Mary Brown soit accusée par son propre père de commettre ces crimes. Les récents décès de tous les membres de sa famille, ainsi que l’état de parfaite conservation du corps de Mary Brown suffisent à convaincre les villageois. On lui retire alors tous les organes vitaux pour les brûler. Elle ne s’en relèvera plus jamais. 

Ce que cette histoire montre, c’est que le mythe des vampires - ou des revenants en corps - s'est répandu jusque sur le continent américain. Cette jeune femme et toute sa famille sont certainement mortes de la tuberculose, maladie à l’époque encore inconnue que l’on associait au Malin. L’état de conservation du corps de Mary Brown peut, selon les scientifiques, être aisément expliqué. Mary Brown est décédée en plein hiver et a été enterrée dans une chambre forte, au-dessus du sol. Des conditions relativement favorables à une bonne conservation du corps. 

 

Ces différentes légendes ou histoires illustrent parfaitement l’universalité du mythe des vampires ou, en tout cas, de créatures revenant d’entre les morts pour se nourrir des vivants.  Il en existe bien d’autres – les Pennaggalan de Malaisie, le Tu ou Talamur polynésien, les Tezcatlipocâ au Mexique, etc. – venant d’un peu tous les coins du monde et que je vous invite à les découvrir dans les liens en fin d’article, si le sujet vous intéresse. 

Des cas modernes 

 

Les sociétés anti-vampiriques continuent d’être actives un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, des groupes de personnes se rassemblent, soit pour célébrer ces créatures qui fascinent, soit pour trouver le remède au vampirisme. 

 

En Europe, l’un des cas les plus récents et retentissent de procès vampirique eut lieu en Roumanie, il y a à peine vingt ans. La plupart des Roumains ne croient plus à ses créatures, que l’on associe à des légendes du passé, mais les croyances restent ancrées dans l’esprit de certains, particulièrement dans les zones reculées et rurales du pays. 

 

C’est ainsi qu’en 2003 éclot l’affaire Petre Toma, dans le petit village de Marotinu de Sus, au Sud-Ouest de la Roumanie. Petre Toma est un professeur de 76 ans lorsqu’il décède en 2003, juste avant Noël. Enterré quelques jours plus tard, l’histoire aurait dû s’arrêter là, mais d’étranges témoignages des membres de sa famille éveillent l’attention sur le défunt. On l’aurait aperçu dans les rues du village, errant la nuit. Pas suffisant pour déterrer le corps à notre époque, l’histoire s’arrête alors ici...

 

Jusqu’à ce qu’une étrange maladie s’abatte sur la famille de Gheorghe Marinescu, le mari de la sœur de défunt. Les membres de la famille, pâles, épuisés et, pour certains, incapables de se lever, se souviennent alors de leur ancêtre et des étranges rumeurs à son sujet. On soupçonne aussitôt Petre Toma de se nourrir de leur substance vitale, d’autant qu’un voisin témoigne l’avoir vu quitter le domicile des Marinescu peu avant le lever du jour, et ce, à plusieurs reprises. Les témoignages se multiplient avec la propagation de cet état de faiblesse aux voisins de la famille. On décide alors d’agir.

 

Gheorghe Marinescu, trois hommes du village, la veuve et la petite-fille de Petre Toma se rendent au cimetière et commencent à creuser pour déterrer le cercueil. Ils trouvent un corps particulièrement bien conservé, les bras non-alignés sur le côté comme lors de son enterrement, les lèvres maculées de sang et la tête tournée sur le côté. Déterminés à mettre fin à la menace qui détruit leur village et leur santé, ils attendent minuit selon la tradition. Là, ils pratiquent le vieux rituel pour tuer les vampires. Ils enfoncent une fourche dans la poitrine de Petre Toma, avant d’y planter un pieu, de lui arracher le cœur. Enfin, ils saupoudrent sa dépouille d’ail et referment sa tombe. Les trois hommes brûlent ensuite son cœur, qui selon leurs dires tente de s’échapper, et rejoignent les femmes au carrefour avant le cimetière. Ensemble, ils répartissent les cendres du cœur dans le puits du village et rapportent l’eau aux victimes du vampire qui la boivent pour achever le rituel.

 

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait, car la fille du défunt porte plainte pour profanation de tombe. Les rituels vampiriques et les profanations de tombes sont évidemment interdits par le gouvernement roumain, ne serait-ce que pour des raisons d’hygiène. Les six accusés sont donc arrêtés et jugés. Pourtant, le verdict reste clément. Si les rituels sont officiellement bannis, ils restent encore pratiqués dans les campagnes isolées. Tous connaissent la manière de tuer un vampire car pas un village roumain ne peut se vanter d’avoir échappé à ces créatures démoniaques par le passé. L’un des agents avouera d’ailleurs à la presse, que la majorité du temps, la police ferme les yeux sur ces pratiques. Tant que personne ne vient se plaindre ou que le meurtre du vampire n’engendre pas de frais d’entretien pour la tombe, ils n’ont pas de raison d’intervenir. Après tout, les villageois qui en arrivent à ce recours extrême sont victimes d’un monstre assoiffé de sang et méconnu de la justice. 

 

Interrogé sur le rituel, Gheorghe Marinescu soutient qu’il n’a pas de regret. Il se rappelle encore du sang frais qui a giclé des blessures du défunt, de la position non conventionnelle du corps dans le cercueil, de la couleur rosée de ses joues. Il maintient qu’une fois le pieu enfoncé, le corps a comme soupiré et s’est détendu. Pour lui, les victimes auraient été plus nombreuses sans son intervention. Preuve supplémentaire de l’effet bénéfique de l’opération, toutes les victimes ont commencé à guérir après l’ingestion de l’eau contenant les cendres du défunt. Convaincus d’avoir agi pour le meilleur et soutenus par tous les membres du village lors de leur procès en appel, les six profanateurs voient leur peine être réduite. D’autant plus que le procès met en avant la profanation d’une vingtaine d’autres tombes par les habitants de la région au cours de ces dernières années. 

 

Ce cas montre que les traditions et croyances à propos des vampires restent, de nos jours encore, durement ancrées dans l’esprit des paysans des Balkans. La plupart d’entre nous sourirons à la lecture de ces faits. Certains penseront peut-être « qu’ils sont fous ces ro(u)mains ! ».  À moins que ces légendes ne possèdent un fond de vérité ? 

Popularisation du mythe des vampires dans l’imaginaire collectif 

 

Les vampires n’ont pas toujours été aussi populaires. Avant la sortie de grands classiques de la littérature, ils étaient principalement craints dans les régions où les légendes circulaient à leur sujet. 

 

C’est en 1750, avec la sortie de la nouvelle Camilla de Joseh Le Fanu, qu’ils connaissent une première mise en lumière dans notre société. L’histoire raconte l’arrivée d’une jeune femme à la beauté envoûtante, Camilla, dans la vie quotidienne d’une jeune châtelaine, prénommée Laura. Cette dernière tombe rapidement sous le charme de son invitée et se laisse aveugler par son amour. Malgré les tentatives de son père et de ses préceptrices, la jeune femme sombre vite dans un étrange état, peuplé de rêves de morsures. Elle peine à avoir conscience que la région tout entière est ravagée par un mal étrange, dont elle semble elle-même affectée.

 

Si Camilla permit aux vampires de gagner en popularité, son succès fut bien moindre en comparaison du roman d’horreur de Bram Stocker. Je veux bien sûr parler du fameux Dracula ! Adapté sous de multiples formats, il lance définitivement la mode et la fascination pour les vampires dans le monde occidental. Pour écrire son roman, Bram Stocker se serait inspiré de deux légendes des Balkans. 

 

La plus connue concerne Vlad III Basarab, surnommé Vlad Țepeș, soit Vlad l’Empaleur en roumain. Né entre 1431 et 1436 à Târgovişte en Valachie, ou selon la légende actuelle à Sighişoara en Transylvanie, ce prince inspira l’histoire de Dracula à Bram Stocker. Le titre du roman vient simplement d’un second surnom, Drăculea, ce qui signifie fils du dragon en roumain médiéval. Tout simplement parce que son père, le précédent prince, était surnommé Vlad Dracul, soit Vlad le Dragon. Beaucoup de récits sanglants circulent autour de ce prince, mais les historiens supposent que Vlad l’Empaleur a, en partie du moins, été victime d’une propagande contre lui. En effet, sa région était l’une des dernières à résister à l’avancée des Ottomans sur l’Europe chrétienne et il a mené moult batailles pour repousser les envahisseurs. Quoi qu’il en soit, ce sont les rumeurs qui nous intéressent ici. On raconte qu’il était sanguinaire, cruel et qu’il empalait la tête de chacune de ses victimes sur des pics à l’entrée de son château. Morbide donc et parfait pour inspirer l’une des histoires gotiques les plus célèbres. 

 

La deuxième source d’inspiration est bien connue des roumains, il s’agit de la légende de la Comtesse Elisabeth, aussi surnommée Comtesse sanglante ou Ogresse des Carpates. Tout comme Vlad III, Elisabeth est connue pour sa cruauté, notamment envers ses domestiques. On raconte qu’après la mort de son mari, elle aurait développé une obsession dévorante pour la jeunesse éternelle. Un jour qu’elle assénait une sévère correction à l’une de ses servantes, elle frappa si fort que le nez de cette dernière se cassa. Le sang gicla sur la main de la Comtesse qui découvrit sous la tâche carmin, une peau plus blanche et plus jeune. Elle décida alors de s’étaler le sang de la servante sur le visage. Elle fut si satisfaite du résultat, qu’elle commença à prendre des bains de sang de jeune femme pour garder la peau jeune. Quand on finit par découvrir son manège, on l’enferma dans une pièce cloisonnée du château où elle mourût trois ans après. On prit soin de planter un pieu dans son cœur, au cas où. 

 

Ces deux romans ne furent qu’un prémice à la fascination toujours croissante qu’exercent aujourd’hui les vampires sur nous. De Twilight à Vampire Diaries, en passant par Entretien avec un vampire d’Anne Rice et toutes les adaptations de Dracula et autres films d’horreur, ces créatures pullulent dans la littérature et le cinéma et peuplent désormais notre imaginaire collectif. Leur visage a beaucoup changé depuis le Moyen-Âge, passant de celle de créatures cruelles et sanguinaires, à peine humaines ; à des êtres sensibles, capable de se contenir et d’avoir des histoires de romance avec des humains. Bref, chacun s’est approprié ce mythe à sa manière, mais une chose est certaine, il a et continuera toujours d’exciter l’imaginaire collectif. 

Bibliographie 


EmeraldSnow