Les origines des légendes d'Halloween

 
EmeraldSnow

Le 31 octobre. 

Cette date doit sonner une cloche dans votre tête. Que vous célébriez ou non cette fête, impossible de passer à côté, car Halloween s’affiche partout. Dans les vitrines, les citrouilles rivalisent avec les sorcières, l’orange dispute la vedette au noir et partout on vous rabâche les oreilles de monstres et de légendes. Peut-être faites-vous partie des enthousiastes fans d’Halloween qui, déguisé·e·s en vampires, zombies et autres horreurs, embrassent avec joie le frisson du moment ? Ou, peut-être au contraire, faites-vous partie de ce·lle·ux qu’Halloween agace par son côté commercial ?

Vous n’auriez pas tort : Halloween fait la joie des commerçants. Cependant, êtes-vous certain·e·s de connaître ses origines ? Savez-vous vraiment d’où sortent citrouilles et déguisements ? Et si Halloween n’était pas seulement ce que vous en savez ? 

Mais je n’en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous-même.

Les origines d’Halloween 

Une fête américaine ? 

 

On pourrait être tenté d’accuser les lobbies de l’avoir importé de toute pièce depuis les États-Unis, dans les années 1990. Après tout, en France, avant cette période, personne ne célébrait plus Halloween. Pourtant, ce serait négliger son histoire, car cette fête est bien plus ancienne qu’on ne le pense. 

En effet, Halloween est la descendante d’une fête païenne vieille de plus de 2500 ans et célébrée dans tout le monde celte. De l’Irlande à la Grande-Bretagne, en passant par le Nord-Ouest de la Gaule, personne ne coupait aux célébrations de Samain, ou Samonios en gaulois. Eh oui ! Halloween est une fête d’origine française, en tout cas en partie ! 😉Cocorico ! 

Il faut savoir qu’à l’époque, plusieurs grandes fêtes ponctuaient le calendrier celtique. Liées aux saisons, elles rythmaient la vie d’alors. Il y avait Yule et Imbolc, en hiver ; Ostara et Beltane, fêtes du printemps, Litha et Lugnasadh, fêtes de l’été ; et enfin, Mabon et Samain, fêtes de l’automne.

C’est cette dernière qui nous intéresse. Samain, jour du nouvel an d’alors, fêtait l’entrée dans la période sombre, la fin des travaux agricoles et la rentrée du bétail. C’était une fête de transition entre la vie en extérieur et celle centrée sur le foyer lors des courtes journées d'hiver. 

Comment se déroulaient les fêtes de Samain ? 

 

Les fêtes de Samain avaient lieu après les dernières récoltes. Les célébrations prenaient part autour du jour de la pleine lune suivante. Elles duraient une semaine, trois jours avant et trois jours après la nuit de l’astre rond, et étaient obligatoires sous peine de châtiment divin. Toutes les classes sociales, sans distinction, étaient tenues d’y assister.

 

La période de Samain correspondait en effet à un moment où la frontière entre les mondes des vivants et des morts s’effondrait. On craignait alors la colère des ancêtres et leur retour parmi les vivants. Les trois jours précédant la pleine lune étaient donc consacrés à la préparation des villages contre les esprits puis, la nuit fatidique, avaient lieu de grands banquets. On consommait de la viande de porc, alors considérée comme sacrée, censée procurer l’immortalité et symbole de la divinité destructrice et redoutable. On sirotait de la bière, de l’hydromel et du vin.

 

Les revenants n’étaient pas en reste puisque des tables étaient réparties un peu partout à leur disposition. Les soirées s’accompagnaient de chants et de rituels et, bien souvent, de sacrifices pour apaiser les esprits. Lors de la quatrième nuit, tou·te·s étaient tenu·e·s d’éteindre les lumières de leur foyer. Les druides allumaient alors un feu sacré au centre du village, dont les flammes repoussaient les esprits malveillants. Chaque représentant d’un foyer venait chercher un peu de cette lumière pour la partager à sa propre famille et étendre la protection divine à son foyer. 

Une fête qui évolue !

 

À l’origine, Samain n’était pas célébrée exactement le 31 octobre. Le calendrier celtique étant lunaire, la fête ne se tenait pas à une date précise, mais tombait la semaine de la première pleine lune suivant la fin des récoltes, soit environ fin octobre ou début novembre. À cette période, la fête était non seulement sacrée, mais elle revêtait aussi un caractère militaire et politique puisque le roi qui présidait la cérémonie, profitait des fêtes du nouvel an pour renouveler ses pouvoirs.

 

Samain a connu un déclin lent, initié par l’arrivée des Romains en Gaule au Vᵉ siècle. En effet, ces derniers avaient tendance à remplacer les rites et coutumes des peuples envahis par leurs propres fêtes. Ainsi, Samain connut un premier rejet au profit des fêtes des moissons, en l’honneur de Pomone, une déesse étrusque. Pourtant, les peuples celtiques continuèrent leur coutume et la mêlèrent à celle des romains. 

 

C’est l’arrivée du christianisme, avec son rejet systématique des fêtes païennes, qui mit en déclin cette tradition celte. En 610, le pape Boniface créa la Toussaint - fête de tous les saints - célébrée le 13 Mai. Samain, déclarée fête païenne impie, tomba alors peu à peu en désuétude. En 837, la Toussaint est décalée au 1er novembre et Samain fixée la veille. Certains historiens voient là une volonté du clergé d’écraser définitivement la fête celtique, en créant une fête chrétienne des morts, mais cette théorie est sujette à débat. Ce qui est certain, c’est qu’après cette période, en France, Samain tombe peu à peu dans l’oubli. 

Exportation des contes celtiques Outre-Atlantique

 

Bien plus tard, dans les années 1846 à 1851, eut lieu une vague importante de migrations, depuis l’Europe jusqu’au Nouveau Continent. La maladie de la pomme de terre affamant les populations européennes, beaucoup d’Irlandais migrent alors vers l’Amérique, emportant avec eux contes et légendes. Samain, que l’on continue de fêter en Irlande, est importée avec eux et se développe rapidement. La fête prend de l’ampleur pendant toute la fin du XIXᵉ siècle. Les traditions évoluent et s’adaptent au contexte local, la fête change de nom, mais le principe reste le même: on célèbre les morts et leur retour provisoire dans le monde des vivants.

 

En 1920, Halloween gagne en popularité avec l’apparition des citrouilles, mais il faut attendre les films d’horreur et d’épouvante pour qu’Halloween devienne synonyme de frissons, comme nous la connaissons actuellement. 

D’où vient son nom ? 

 

Pourquoi est-on passé de Samain à Halloween ? Tout simplement sous l’influence de la religion chrétienne. Halloween, que l’on devrait normalement écrire Hallowe’en, est en réalité une contraction de plusieurs mots anglais : All Hallows-Even, soit en anglais moderne All Hallows’Days. Cette expression peut se traduire par « la veille de tous les saints » ou  « la veillée de la Toussaint » et ne vient pas du tout du celtique, mais de l’anglais. E’en est une contraction orale de even

Un retour en France en fanfare

 

En France, on continue de célébrer Samonios dans certaines régions. En Moselle, par exemple, on célèbre Rommelbootzennaat, la fête des betteraves grimaçantes. Cependant, Halloween ne fait son grand retour qu’à partir de l’automne 1997 avec une campagne d’un opérateur téléphonique. Son slogan « Fêtez Olaween » promeut un nouveau téléphone et s’accompagne de panneaux publicitaires géants, mettant en avant des citrouilles. Dans un coup de communication impressionnant, l’opérateur fait installer huit mille citrouilles sur l’esplanade du Trocadéro à Paris, associant définitivement les citrouilles à cette fête dans l’esprit des gens. La même année, le cultissime film Scream sort dans les salles de cinéma. Il n’en faut guère plus pour relancer la tradition. 

Au début des années 2000, Halloween connaît un essor faramineux et devient la troisième fête la plus célébrée en France après les fêtes de fin d’années et Pâques. Pourtant, après quelques années de franc succès, l’enthousiasme s’essouffle. Accusée d’être une fête purement commerciale et importée des États-Unis pour le seul bonheur des lobbies, elle est vue comme l’apogée du consumérisme et son succès s’éteint peu à peu. 

Des traditions héritées des celtes ! 

 

Halloween, donc, est un héritage celte. D’accord, mais quid du reste ? Parce que c’est bien beau de vous rappeler ses origines, mais ça ne change rien au problème ! Les costumes et les bonbons ne sont pas celtes, eux, si ?

 

Bah… presque ! 

 

À l’époque déjà, Samain était l’occasion de se retrouver pour faire la fête et qui dit fête dit buffet. La tradition des bonbons serait la pas-si-lointaine descendante des tables d’offrandes et buffets de Samain. Initialement, les celtes déposaient des gâteaux, des pommes et des élixirs pour apaiser les esprits. Les familles se réunissaient ensuite autour d’un repas. Plus tard, en Angleterre, la nuit de Samain était aussi surnommée la nuit « du casse-noisette » ou « de la pomme craquante », car on se réunissait autour de ces mets pour raconter des histoires. L’arrivée des bonbons au XIIème siècle, transforme la tradition. Les fruits sont remplacés par les sucreries, que les enfants réclament en passant de porte en porte. 

Et les déguisements dans tout ça ? 

 

En France, comme en Irlande, les historiens pensent que les celtes se déguisaient en revenants pour les effrayer ou les tromper et éviter leur courroux. Ils revêtaient ainsi des peaux animales et se grimaient, soit à l’aide de masques, soit en se noircissant le visage. Les masques, dit-on, servaient également à cacher les vivants du Samain lui-même, parfois associé dans les textes au Diable tel que nous le connaissons aujourd’hui. On murmurait, en effet, qu’il pouvait revenir sur Terre cette nuit si particulière. De plus, on raconte que les celtes passaient de foyer en foyer en faisant les pitres, en échange de nourriture et de boissons ! De là à voir un rapprochement avec nos déguisements modernes et le fameux « Trick or treat ! » [en français, des bonbons ou un sort], il n’y a qu’un pas ! 

Mais d’où viennent toutes les légendes et monstres d’Halloween ? Des celtes ? 

 

J’y viens, j’y viens. Il est certain qu’une grande partie du folklore qui entoure Halloween ne vient pas uniquement des anciennes fêtes de Samain. Malgré tout, il est indéniable qu’une bonne partie du folklore actuel descend, en ligne plus ou moins directe, des traditions de l’époque. Et les monstres et légendes n’échappent pas à cette règle ! Qu’ils soient celtes, romains ou universels, ce sont bien les mythes d’alors qui sont à l’origine de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Sorcières, vampires, zombies, ont tous une origine plus ancienne que celle que vous connaissez !

Je vous laisse découvrir certaines d’entre elles dans l’article qui leur est consacré. 


EmeraldSnow