La mythologie dans notre vocabulaire

par Elodye H. Fredwell

Notre vocabulaire moderne est marqué par de nombreuses références à diverses époques et, donc, certaines de nos expressions proviennent d’histoires mythologiques qui ont traversé les âges. Certains noms propres sont devenus, en français, des noms communs et continuent à vivre au travers de nos mots.

Voici donc une liste non-exhaustive de vingt expressions courantes empruntées aux différentes mythologies.

1 - La Boîte de Pandore : l’origine de nombreux malheurs, une succession de catastrophes.

 

Cette expression est née de Pandore qui, dans la mythologie grecque, est la première femme créée par Héphaïstos sur ordre de Zeus afin de défier Prométhée qui venait de voler le feu pour le donner aux hommes. Elle possédait tous les dons (signification de son nom en grec) et s’est mariée avec le frère de Prométhée, Epiméthée. Le jour de leur mariage, une jarre (ou une boîte selon les textes) lui fut offerte, avec interdiction qu’elle l’ouvre. Curieuse, elle ne respecte pas cette condition et les maux inconnus aux hommes, contenus dans la jarre, s’abattirent sur eux, excepté l’espoir, ce qui ne permit donc pas aux hommes de supporter les malheurs qui leur arrivaient.

 

2 - Être un Cerbère : être un gardien inflexible, impitoyable, agressif et désagréable.

Dans la mythologie grecque, Cerbère est un chien immense à trois tête qui est chargé de garder les Enfers et empêcher quiconque d’en sortir ou d’y entrer. Les mortels qui osaient s’aventurer dans cet endroit étaient impitoyablement déchiquetés. Néanmoins, malgré sa réputation, Psyché réussit à l’amadouer avec un simple gâteau, comme Orphée avec sa lyre. Héraclès vainc Cerbère et le capture afin d’accomplir son douzième travail. Après l’avoir ramené dans le monde des vivants, devant le roi Eurysthée, Héraclès relâche Cerbère qui retourne aux Enfers.

 

3 - Poursuivre une chimère : idée ou projet séduisant mais irréalisable, fantasme, illusion.

La chimère est une créature hybride qui provient de la mythologie grecque. Elle est souvent décrite comme un animal fabuleux, portant la tête et le poitrail d’un lion, le ventre d’une chèvre et la queue d’un serpent. C’est une sœur de Cerbère, de Sphinx, de l’hydre de Lerne et du lion de Némée.

 

4 - Un cheval de Troie : nom d’un célèbre virus informatique, mais désigne également une personne chargée d’infiltrer un certain endroit, milieu, afin de le détruire de l’intérieur, ou  un cadeau dit « empoisonné », qui est en fait un piège pour celui qui le reçoit.

Cette expression provient de la légende d’Ulysse, racontée dans l’Odyssée par Homère. Troie était alors assiégée par les Grecs depuis une dizaine d’années, en vain, quand Ulysse imagina sa ruse : construire un énorme cheval en bois dans lequel ses soldats prendraient place et qu’il donnerait en cadeau aux Troyens. Ils arrivent à entrer dans Troie et, une fois la nuit tombée, sortent du cheval pour ouvrir les portes de la ville au reste de l’armée. Troie est alors pillée et incendiée.

 

5 - Le complexe d’Oedipe : expression créée par Sigmund Freud, psychanalyste, et qui désigne les petits garçons qui ont une attirance particulière pour leur mère.

Oedipe a été abandonné suite à une prophétie qui disait qu’il tuerait son père, Laïos, et épouserait sa mère, Jocaste. Il est recueilli par le couple royal de Corinthe, qui l’élève alors comme son fils. Mais des doutes subsistent et, pour découvrir sa véritable identité, Oedipe quitte Corinthe et retrouve l’oracle qui avait prédit son avenir. Il continue sa route, ne pouvant revenir à Corinthe, pensant que le roi et la reine étaient ses parents. Sur la route, il rencontre un vieil homme (Laïos) qu’il va tuer lors d’une dispute. Il arrive ensuite à Thèbes et défie une Sphinge (femelle Sphinx). Après avoir résolu son énigme, Oedipe obtient la main de Jocaste. Ils auront quatre enfants, deux fils et deux filles. Il découvre que Laïos et Jocaste sont ses parents lorsqu’il a la tâche de découvrir qui est le meurtrier du roi. Jocaste se pend et, dans de nombreux textes, Oedipe maudit ses fils et part en exil.

 

6 - Le complexe d’Électre : dans la psychanalyse, ce complexe désigne les petites filles qui ont une attirance pour leur père.

Cette expression est liée à une histoire proche de celle d’Oedipe. Électre, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, est absente de Mycène quand son père revient de la guerre de Troie et est assassiné par Clytemnestre (ou son amant dans certains textes). Oreste, le frère d’Électre, protégé ou en exil selon les textes, a pour destin de venger la mort de son père. Électre et lui se rencontrent sur le tombeau d’Agamemnon et vont s’entraider afin d’assassiner Clytemnestre.

 

7 - Corne d’abondance : source de richesses inépuisables, de bonnes choses.

Dans la mythologie grecque, cette corne provient de la chèvre qui a élevé Zeus afin qu’il ne se fasse pas dévorer par Kronos. Alors qu’il s’amusait, Zeus arracha par inadvertance une des cornes de sa nourrice. Quand il devint grand chef de l’Olympe, Zeus donna à la corne le pouvoir de fournir sans cesse des pierreries, des fleurs et des fruits. Dans une autre version, c’est Héraclès qui combat un taureau et suite à sa victoire, lui arrache une corne qui sera remplie de fruits et de fleurs par les nymphes.

 

8 - Un dédale : un endroit complexe, synonyme d’un labyrinthe.

Dédale est le nom d’un architecte talentueux, chargé par le roi de Crète, Minos, de construire un édifice dans lequel serait enfermé le Minotaure. Le roi, pour conserver ce secret, décida d’enfermer Dédale dans son propre labyrinthe.

 

9 - Un écho : désigne le phénomène de réflexion du son sur un obstacle.

Écho est le nom d’une nymphe de deux légendes. Dans la première, elle a été punie par Héra (sœur et femme de Zeus) car la nymphe la retenait pendant que Zeus la trompait. Héra s’en aperçut et la maudit en la condamnant à ne jamais parler sauf pour répéter les derniers mots de son interlocuteur. Quand elle rencontra Narcisse dont elle tomba amoureuse, il lui parla, mais elle ne pu répéter que ses derniers mots. Lassé, Narcisse s’en alla et Écho se réfugia dans une grotte et se laissa dépérir.

Dans la seconde légende, Pan monta contre elle les bergers du pays car elle l’avait rejeté. Mise en pièces, elle fut recueillie par Gaïa et tous ses membres eurent la faculté de pouvoir répéter les derniers mots d’une phrase.

 

10 - Être dans les bras de Morphée : dormir profondément.

Cette expression vient du dieu grec des rêves, Morphée, fils du dieu du sommeil, Hypnos. Tout simplement.

 

11 - Être un sosie : avoir une forte ressemblance avec une autre personne au point de les confondre.

Ceci provient de la mythologie gréco-romaine. Afin de séduire Alcmène, Jupiter prend l’apparence de son mari, Amphitryon. Mercure, quant à lui, décide de prendre l’apparence de Sosie, l’esclave d’Amphitryon. La ressemblance était parfaite si bien que personne ne put les distinguer l’un de l’autre, ce qui entraîna de nombreuses erreurs.

Petite info bonus : Alcmène est la mère d’Hercule (oui, Disney nous a menti !)

 

12 - Un fil d’Ariane : avoir un guide, un point de repère, un moyen de se diriger au milieu de difficultés. Sur un site Internet, un fil d’Ariane est une succession de liens (généralement sous le menu) afin de faciliter la navigation.

Ariane est la fille du roi Minos et tombe amoureuse de Thésée. Ce dernier souhaite vaincre le Minotaure en pénétrant le labyrinthe (construit par Dédale, vous vous rappelez ?). Pour l’aider, Ariane lui offre une bobine de fil que Thésée va dérouler derrière lui afin de ne pas se perdre. Grâce à ce fil, il peut ressortir du labyrinthe.

 

 

13 - Être une harpie : une femme (généralement) qui est méchante, vindicative. Synonyme de furie, de mégère.

Les Harpies sont des divinités de la vengeance et de la dévastation de la mythologie grecque et romaine. Elles ont l’apparence de monstres à corps de rapace aux griffes acérées et à têtes de femmes. Dans L’Odyssée, un passage raconte comment les Harpies se sont acharnées sur Phinée en lui volant ou lui souillant sa nourriture. Elles sont également responsables de toutes les disparitions et enlevaient des jeunes filles pour les donner au Erinyes (Furies).

 

14 - Une Furie : synonyme de harpie, c’est une femme méchante et redoutable.

Les Furies (mythologie romaine) ou Erinyes (mythologie grecque) sont des déesses infernales et persécutrices. Ce sont des déesses des ouragans, assoiffées par la vengeance. Elles ont été enrôlées par Athéna après avoir été transformées en être vénérables pour être les protectrices d’Athènes. L’une d’elles s’appelle Mégère (qui a donné le nom commun, synonyme de harpie).

 

15 - Être médusé : être pétrifié, sans voix.

Dans la mythologie grecque, Méduse est l’une des trois Gorgones. Petite-fille de Pontos et Gaïa, elles est cousine avec la Chimère et l’hydre de Lerne. Elle est décrite comme étant une femme aux cheveux entrelacés de serpents. On ne peut la regarder dans les yeux au risque d’être pétrifié. Elle a été décapitée par Persée, un demi-dieu, roi de Tirynthe, fils de Zeus et Danaé. Son masque, appelé Gorgonéion, est offert à Athéna qui le fixe sur son bouclier. Ce symbole sera souvent utilisé comme protection contre le mauvais œil.

 

16 - Être narcissique : être une personne qui s’aime et s’admire à outrance et porte très peu d’intérêt aux autres.

Cette expression vient de Narcisse. Vous vous rappelez, cet homme repoussa Écho qui était tombée amoureuse de lui, en plus de plusieurs prétendants et prétendantes. Un jour, il tomba sur une source et tomba amoureux de son visage. Désespéré de ne pouvoir s’embrasser, il reste de longs jours à se contempler et finit par mourir de son amour inassouvi en se noyant. Lorsque son corps est récupéré, des fleurs blanches poussent dans l’herbe : aujourd’hui, elles portent le nom de narcisses.

 

17 - Sortir de la cuisse de Jupiter : avoir une haute opinion de soi, se croire exceptionnel.

 

Dans la mythologie gréco-romaine, Jupiter a une liaison avec Sémélé, une mortelle. Junon, femme de Jupiter, jalouse de toutes ses liaisons, convainc Sémélé de demander à Jupiter de voir sa véritable apparence. Jupiter accepte, mais Sémélé meurt foudroyée : les Hommes ne sont pas capable de voir la vraie apparence des dieux. Avant de repartir, Jupiter récupéra son enfant du corps de Sémélé et l’enferma alors dans sa cuisse jusqu’à sa naissance. L’enfant devint alors Bacchus, dieu du vin, de l’ivresse et de la nature.

 

18 - Le talon d’Achille : ce qui définit le point faible d’une personne.

Afin de le protéger, Thétis (une nymphe marine) plonge Achille dans l’eau du Styx, l’un des fleuves des Enfers. Son corps devient donc invulnérable, à l’exception de son talon qui n’est pas immergé. Il participe à la guerre de Troie malgré les empêchements de sa mère : il y va avec Patrocle, son cousin et ami intime, et Ulysse. La mort de Patrocle le pousse à reprendre les armes après avoir abandonné le combat suite à une dispute avec Agamemnon. Il se bat contre Hector, le meilleur des Troyens, et après l’avoir tué, meurt d’une flèche dans le talon, tirée par Pâris, guidé par Apollon.

 

19 - Le tonneau des Danaïdes : un travail perpétuel, sans fin, une tâche impossible à accomplir et décourageante.

Les Danaïdes sont les cinquante filles du roi Danaos. Afin d’empêcher la prophétie qui disait que son frère, Egyptos, marierait ses cinquante fils aux cinquante filles de Danaos afin de les tuer après les noces, Danaos décide de fuir et parvient à Argos, où il devient roi grâce à Athéna. Néanmoins, les cinquante fils d’Egyptos les retrouvent et après avoir assiégé Argos, Danaos accepte les noces. Il ordonna néanmoins à ses filles de cacher une épingle dans leurs cheveux pour tuer leurs maris. Une seule désobéit, sauvant un des fils, Lyncée. Il finit par se venger en tuant les quarante-neuf filles, et devient roi d’Argos avec Hypermnestre, la fille qui les a trahies. Les quarante-neuf Danaïdes sont alors jetées aux Enfers, condamnées à remplir éternellement des jarres percées.

 

20 - Un travail de Titan, quelque chose de titanesque : une tâche difficile à accomplir, colossale.

Les Titans, ou Titanides au féminin, dans la mythologie grecque, sont des divinités primordiales qui existaient bien avant les dieux olympiens. Fils d’Ouranos et de Gaïa, ils sont décrits comme géants et dotés d'une force titanesque (forcément !) Certains textes disent qu’ils sont douze : six hommes, six femmes. Le dernier d’entre eux est Kronos, père de Zeus – entre autres. C’est d’ailleurs lui qui renverse son père et libère ses frères et sœurs du ventre de Gaïa. 

 

         

Voilà, la liste est arrivée à son terme. Il existe de nombreuses autres expressions, mais l’article aurait pu être interminable. Notre vocabulaire est marqué par notre culture et par les vieilles légendes, et c’est aussi ce qui fait toute sa richesse. Néanmoins, certaines expressions sont tellement utilisées qu’on en oublie leur première signification, leur histoire. J’espère que cet article vous aura permis de comprendre avec plus de précision les expressions que nous utilisons parfois au quotidien !

Elodye H. Fredwell
 
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