La (fameuse) romance de Noëlpar Maderose

Jean-Louis-Auguste Commerson a écrit dans sa Petite Encyclopédie bouffonne : “Une romance, c’est une fleur ; une symphonie, c’est un arbre ; un opéra, c’est une forêt.” Il s’agit là d’une bien jolie citation, mais quand on y regarde de plus près, on peut quand même se demander… c’est quoi le rapport entre une symphonie et un opéra, qui font référence à de la musique, et une romance ? Vous aussi, vous vous demandez, hein ? Eh bien, j’ai demandé la définition du terme à ce très cher Petit Robert, et… “Pièce de vers, d’inspiration populaire, naïve, qui traite de sujets élégiaques, amoureux et qui peut être mise en musique.”

Oui, vous avez bien lu. Le terme romance ne signifie pas vraiment ce dont traite cet article ! J’ai cherché un peu plus loin et j’ai trouvé d’où venait l’amalgame que nous faisons tous aujourd’hui. Wikipédia nous apprend que “romance” serait un anglicisme de “romance novel” qui se traduirait littéralement par “roman d’amour”.

Ainsi, la romance comme nous l’entendons habituellement et comme je la traiterai dans cet article correspond aux romans d’amour. Mais alors pourquoi, puisque la terminologie “roman d’amour” existe en français, avons-nous décidé (probablement inconsciemment) d’utiliser le terme anglais pour désigner cette catégorie de littérature (et plus largement dans la culture cinématographique et télévisuelle) ?

Je n’ai, pour ce premier point, que des suppositions. Déjà considéré comme faisant partie des “sous-genres” de la littérature par bon nombre de personnes, le roman d’amour n’a pas eu que des amis au cours de son existence, et au fur et à mesure, le terme s’est retrouvé accompagné d’une connotation pas toujours très positive. Le roman d’amour peut être vu comme un drame mielleux et cliché entre deux protagonistes qui ont l’univers entier contre eux ; et, oui, présenté comme ça, ça ne donne pas spécialement envie.

Mais alors, la différence avec la romance, quelle est-elle ? Concrètement, elle n’est pas. La romance est un roman d’amour. Mais l’impression de modernité qu’apporte le terme fait son petit effet. Lorsqu’on pense à un roman d’amour, on aura plutôt tendance à penser à la célèbre collection Harlequin, tandis que lorsqu’on pense romance, on pensera davantage au dernier roman de Gilles Legardinier.

Le terme romance apporte une notion moderne, souvent associée à de l’humour qu’on n’aura pas forcément dans la représentation qu’on se fait du roman d’amour. Toutefois, il y a bien une chose qui est présente dans les deux et que l’on adore. Si, si, vous adorez ça, vous aussi. Faites pas genre.

Les clichés.

 

Entrons un peu plus dans le vif du sujet. Cet article est à propos de romances, oui. Mais surtout à propos de romances noëllesques. Et la grande particularité des histoires d’amour qui se déroulent en période de fêtes de fin d’année, ce sont les clichés. Ils sont partout, ils sont innombrables, et prévenez-moi si vous trouvez une œuvre qui n’en a pas au moins un de ceux dont je vais vous présenter !

Je vais vous donner pour commencer une petite liste des tropes les plus communs dans les romances de Noël.

1. Noël, c’est bien plus que des cadeaux. On parle bien de cette histoire où il n’y a pas tant de drame mais où le personnage principal est accro au travail et où on lui rappelle tout au long de l’histoire que Noël, ce n’est pas qu’un repas un peu trop long en famille et des enfants qui ouvrent des cadeaux, mais un temps de partage, de valeurs et de magie. Tout ça, quoi.

2. Les petites villes, c’est mieux que les grandes villes. Imaginez le personnage principal de l’histoire vivant dans la plus grosse ville du monde (New York, souvent, on va pas se mentir) et devant pour une raison X ou Y se rendre dans son village natal ou dans le trou du cul du monde pendant la période de Noël. Soyez sûrs qu’iel va rencontrer l’amour de sa ville (ou le retrouver), et ça va être beau et magique.

3. La cérémonie/l’animation de Noël va sauver la ville. Ici, on parle d’entraide, de magie, de tradition et, évidemment, d’amour. C’est un trope qui peut compléter le précédent avec un grand P.-D.G. qui vient anéantir une petite ville en détruisant sa tradition mais qui trouvera amour, rédemption et tout ça.

4. Quelqu’un est secrètement amoureux de son/sa meilleur(e) ami(e). Alors celui-là ! Il est partout et il n’est pas spécifique à la période de Noël ; mais il fait partie des plus courants quand même. Cela se déroule souvent ainsi : l’un arrive avec le ou la pseudo âme sœur, l’autre est triste mais accepte parce que c’est la bonne chose à faire et puis PAF ! la magie de Noël et ça fait des Chocapic.

5. Le Père Noël, la Mère Noël ou les elfes s’en mêlent. C’est le cliché le moins récurrent, mais c’est quand même assez souvent que le Père Noël, ou du moins l’une de ses représentations, apparaît en plein milieu de la romance pour guider le cœur et l’esprit des amoureux/ses. Et c’est toujours magique et inexplicable, évidemment.

6. Il/elle est le fils/la fille du Père Noël. Restons dans le même thème et parlons de la descendance du Père Noël et de la Mère Noël. S’ils sont généralement immortels, dans certaines œuvres, il est possible de les retrouver parents souvent d’un enfant unique qui DOIT se marier s’il ou elle veut reprendre l’entreprise familiale. Et, bien entendu, ce n’est pas facile quand on sait que la majorité des adultes ne croient plus au Père Noël !

7. Le ou les enfants jouent les agents matrimoniaux. Celui-là est basique, et pas propre à Noël, mais comme pour le numéro 4, il est récurrent lors de cette période magique. Le parent célibataire qui ne cherche pas l’amour parce que sa progéniture lui prend tout son temps et lui demande toute son attention… et c’est l’enfant qui décide qu’il est grand temps qu’on lui trouve quelqu’un d’autre à aimer parce que ça commence à être chiant de l’avoir toujours sur le dos.

8. Le petit ami est en fait un prince. Celui-ci est très spécifique, et ce n’est pas cela qui l’empêche d’être le plus courant. Sérieusement, c’est bien, bien trop courant comme histoire. Et ça ne diffère absolument jamais : la fille américaine sort avec un Européen à l’accent sexy qui se révèle être un prince d’un petit pays totalement anecdotique au beau milieu de l’Europe. Cliché, on connaît, on sait comme ça finit. On sait même quels vont être les rebondissements.

9. Ils se détestent mais en fait ils s’aiment. Celui-ci est universel et peut s’implanter dans littéralement tous les tropes précédents. L’insérer dans un décor de Noël, c’est un plus.

 

Voilà une petite liste non exhaustive des intrigues les plus courantes dans les œuvres traitant d’une romance au temps de Noël. Mais les intrigues ne font pas tout. Certes, c’est un gros morceau, mais il y a quelques petites scènes très précises à avoir pour qualifier l’œuvre de “romance de Noël”. Les scènes que je vais lister ci-après sont principalement retrouvées dans les films et téléfilms et sont, à ma connaissance, plus rares dans les romans. Oh, et pour ceux que ça intéresse, j’ai trouvé un drinking game des téléfilms de Noël (juste ici) ! (Attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, buvez avec modération.)

 

En vrac, nous avons donc : la ville de New York (parce que, c’est bien connu, c’est la seule grande ville des États-Unis, voire même du monde), du gui (et le bisou qui va avec, et de préférence pour les deux personnages qui ne s’aiment pas du tout), de la neige (à la fin de l’histoire, pendant le bisou, dans une région du monde où il n’est pas POSSIBLE qu’il neige), une trahison (quelle qu’elle soit, c’est pas forcément important), etc.

 

Je n’ai pas tout mis, j’en oublie certainement, mais vous avez l’idée.

 

Bon, finalement, tout ça pour dire quoi ?

 

Eh bien tout simplement dire que la romance de Noël, c’est kitsch, c’est cliché, on sait parfaitement ce qu’il va se passer et comment ça va se finir mais on adore ça. On la regarde dès qu’elle passe à la télévision, on la lit dès qu’on trouve un roman qui a l’air un peu original (mais qui ne l’est en fin de compte pas tant que ça). La romance de Noël nous permet encore plus que la romance “standard” de nous évader dans un monde de magie où tout est possible, tout est merveilleux, l’argent ne compte pas vraiment et tout ce qui importe, c’est être soi-même, la famille, l’amour et la neige !

 

Trois de mes romances de Noël préférées parce que ça me fait plaisir, lues ou écoutées en anglais pour les romans : The Reindeer Falls Collection de Jana Aston, Scrooged de Vi Keeland et Penelope Ward et le téléfilm À la recherche de Madame Noël réalisé par Mark Jean.

Maderose
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