Dans la peau d'une étudiante en traduction littéraire,

par Pauline Babin

​Comme moi, vous êtes passionnés par la littérature, mais aussi par les langues étrangères ? Vous avez déjà envisagé la traduction littéraire comme carrière ?

 

Il n’existe pas de parcours type pour devenir traducteur, mais je vous partage ici le mien, qui me professionnalise dans la traduction littéraire.  Je vous fais part de mon expérience en tant qu’étudiante, ainsi que de mes petits conseils pour pouvoir profiter pleinement des avantages qu’une telle formation peut proposer, afin de se préparer à s’insérer sur le marché.

Comment choisir sa formation ?

​Il est important de commencer par cibler le genre de traduction qui vous plaît. Si vous souhaitez traduire de la littérature, ne vous dirigez pas vers n’importe quel master. Dès le début, il faut savoir faire la différence entre la traduction littéraire et la traduction technique (ou spécialisée). La traduction technique est uniquement réservée aux langues professionnelles. En d’autres termes, elle concerne les textes propres à une science, à une activité (comme l’économie ou la mécanique). Les compétences qu’elle requiert n’ont rien à voir avec celles de la traduction littéraire, et les outils de travail ne sont pas les mêmes.

 

Sont aussi à prendre en compte les couples de langues. Certaines formations demandent au moins deux couples de langues. Je ne travaille que de l’anglais au français ; mon choix était donc déjà restreint.

N’oubliez pas d’étudier et de comparer les différents programmes, vous pourrez faire un choix en fonction de ce que vous recherchez, notamment au niveau de la durée des stages, des universités partenaires, des mobilités à l’étranger (il arrive fréquemment que les masters professionnels ne se fassent qu’en présentiel et ne donnent pas la possibilité de partir à l’étranger).

 

Il ne suffit pas de savoir parler deux langues pour être un bon traducteur

 

Cela peut paraître évident, mais il me semble important de continuer à le souligner. Être traducteur littéraire, pour moi, c’est d’abord avoir un véritable amour pour la langue, la littérature et l’écriture. Il faut être curieux et toujours être en éveil afin de pouvoir affiner son style. La patience est elle aussi primordiale, puisque c’est une activité qui nécessite de passer des heures sur un même morceau de texte, des mois sur un même bouquin, jusqu’à ce qu’on ne veuille plus entendre parler de celui-ci.

Se concentrer sur le développement de son réseau

 

En me lançant dans un master de traduction littéraire, j’imaginais que mes journées allaient consister à traduire, traduire, et encore traduire. C’est pourtant loin d’être le cas. J’ai vite compris que se former pour ce métier allait bien au-delà de ça ; ce qui, de mon point de vue, domine dans ma formation, est le développement de mon réseau.

Ce n’est pas un secret : il est difficile de mettre un pied dans le monde de la traduction littéraire. Mon premier conseil est donc de sauter sur toutes les opportunités qu’une formation peut proposer : les rencontres avec des traducteurs, l’association de votre master, les stages, les collaborations avec les associations… Participez aux évènements littéraires de votre ville ! Des festivals aux prix littéraires, il y a de nombreuses choses qui s’offrent à vous, dans lesquels vous pouvez vous investir et qui vous donneront l’occasion de faire des rencontres et de partager. J’ai par exemple décidé de devenir bénévole au Fonds Decitre, qui se focalise sur l’accès à la littérature pour les personnes défavorisées ou malades, les enfants… L’occasion de découvrir une structure en lien avec la chaîne du livre et de rencontrer les personnes qui en font partie, de découvrir d’autres métiers en lien avec la littérature, ou tout simplement de découvrir de nouveaux ouvrages et de créer un espace de débat avec différentes personnes, différents profils.

Construire une bibliographie

 

Pour entrer dans le monde de la traduction, l’expérience est indispensable. Il m’est arrivé de proposer mes services de traduction, et cela sans donner une idée de mon travail ou de mon style d’écriture, tout simplement car je n’avais aucune expérience, aucun travail concret à montrer. Comme vous pouvez l’imaginer, ça n’a pas fonctionné. La participation dans la vie associative me semble donc indispensable pour la construction d’un portfolio. Il va être plus difficile de décrocher un premier contrat si vous n’avez rien produit pendant vos études. Cette bibliographie va être plus importante que votre diplôme. Mais c’est cette formation de traduction qui vous ouvrira des portes et vous donnera l’opportunité de commencer à vous construire une bibliographie. À titre d’exemple, l’association du Master TLEC à Lyon 2 (dans lequel j’étudie) a récemment produit un ouvrage de textes que les étudiants ont eux-mêmes écrits et traduits. Le projet de fin d’études peut aussi prendre une place importante. Pour continuer à faire référence à mon master, un mémoire de traduction doit être produit pour la fin de la deuxième année. L’idée est de traduire un ouvrage qui n’a encore jamais été traduit dans notre langue cible, avec en perspective une potentielle publication !

 

Ne pas être timide et oser proposer ses idées !

 

Les traducteurs ne sont pas les personnes les plus extraverties que l’on puisse rencontrer (bien sûr, je fais ici une généralité). Il ne faut pas avoir de problème à travailler seul, à passer ses journées sans interaction humaine.  Étant un loup solitaire, comme on l’appelle couramment, cela me convient parfaitement. Cependant, à cause de ce tempérament, la plus grosse difficulté que j’ai pu rencontrer en commençant mes études de traduction était de partager mes idées. Et pourtant, cela est indispensable pour progresser. C’est après avoir partagé l’une de mes traductions et avoir entendu les retours positifs de l’un de mes professeurs que j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune raison de douter de mes capacités et de me cacher au fond de la classe. Il faut oser proposer pour prendre en compte les critiques et devenir meilleur. Croyez-moi, cela vaut la peine de se faire violence !

Il n’y a pas de bonne traduction

 

Il est naturel de se comparer, c’est inévitable. Il faut garder en tête qu’il n’y a pas de bonne traduction. Même si tout le monde a le même texte source, chaque traduction sera différente. À chacun ses références littéraires, son style, sa sensibilité. Apprenez des autres mais ne vous sous-estimez jamais. L’important est de rester fidèle au texte et aux émotions qu’il procure ; une multitude de mots est à votre disposition pour faire opérer la magie !

Chercher au-delà de sa formation

 

L’avantage de l’Université, c’est qu’elle propose un large panorama de cours auxquels vous pouvez assister ; un tas de différentes choses s’offrent donc à vous en dehors de votre propre formation.  C’est l’occasion de piocher un peu partout. Renseignez-vous sur les séminaires qui ont lieu dans votre établissement et qui visent les étudiants en études de lettres par exemple, vous pourrez y trouver votre bonheur !

 

Si vous êtes attirés par la littérature et les langues étrangères, vous pouvez tout à fait en vivre ! Évitez à tout prix d’écouter tous ces gens qui vous diront de ne pas faire ce métier si vous voulez du pain dans votre assiette. Faites-vous confiance, lancez-vous et persévérez. Au risque de tomber dans le cliché, je suis tentée de vous dire : quand on veut, on peut ! (et surtout quand on est passionné).

Pauline Babin
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