À présent que Mélissa vous a donné les clés de compréhension du fantastique dans la littérature​, je vais m’atteler à la noble mission d’approfondir ce sujet. Mon angle restera assez général, car je vous avoue avoir découvert durant ce dossier Génération Écriture – et avec un plaisir certain – ce qu’était le fantastique, le vrai. Vous pensiez également à Harry Potter ou au Seigneur des Anneaux avant de lire ce Webzine, n’est-ce pas ? Ou venez-vous de me traiter d’inculte ? Que ce soit l’un ou l’autre, je ne peux vous blâmer !

En bref, je ne rentrerai pas dans le détail des différentes œuvres car je ne les ai pas (encore) lues, mais je peux et vais vous donner un tour d’horizon de la déclinaison du fantastique dans la littérature. C’est en me renseignant dessus que j’ai été séduite par les subtilités de ce registre assez singulier, et que je tenais à développer les différents et multiples thèmes qu’il aborde.

Replongeons dans le vif du sujet

 

Les thématiques du fantastique,

 

par Because Banana

Comme vous le savez maintenant, le fantastique, c’est l’irruption du surnaturel ou de l’irrationnel dans la réalité, mais sans que cela soit accepté (souvent remis en cause, voire totalement rejeté). Il ne suffit donc pas qu’il y ait du surnaturel pour que cela soit fantastique, c’est bien plus que cela. Une de ses composantes fondamentales, c’est cet ancrage avec le cadre réaliste « normal ». Ce registre se nourrit de cela, de cette « inconciliable juxtaposition » qui rend l’irréalisme inquiétant car impensable. Le résultat en est une perturbation de la réalité. Je vous passe le rappel sur l’importance cruciale du doute sur son origine, ou bien de sa manifestation.

En se fondant sur ce principe fondamental, nous pouvons donc nous demander comment le fantastique se traduit en termes d’histoire, et surtout, de thèmes abordés. Et ils sont nombreux, car le fantastique n’est en fait pas un genre littéraire en soi. C’est pour cela que je garde l’appellation de « registre ». Il peut être employé dans tous les genres (policier, aventure, romance, conte, nouvelle…) tant que l’ambiguïté envers l’étrange persiste. Ça, et l’état de doute perpétuel insufflé au lecteur. #ambiance

 

Et concrètement, qu’est-ce que ça donne ?

 

Afin de resituer le contexte, le fantastique est né des romans gothiques et romans noirs, le tout influencé par le mouvement romantique. Les sujets évoqués par ses précurseurs étaient le mystère, le rêve, le voyage et l’ailleurs. Ajoutez-y l’étrange inquiétude du fantastique et je vous propose de parcourir ensemble le résultat, avec ses différents thèmes de prédilection et caractéristiques récurrentes :

 

La frontière entre rêve et réalité

 

Comme répété, l’incertitude sur la provenance de l’irréel ou du surnaturel est omniprésente et est LA composante essentielle du fantastique : est-ce la réalité, un songe ou bien une folie naissante ? Ou bien même, s’est-il véritablement passé quelque chose ? Souvent, cette question perdure jusqu’à la fin du récit.

 

L’auteur peut donc utiliser comme thèmes centraux tout ce qui touche de près ou de loin à l’altération de la perception. Le père considéré du fantastique, E. T. A. Hoffmann, écrivait quant à lui sur la folie et la solitude pour aborder ce sujet. Nous pouvons ajouter d’autres exemples comme les états seconds (drogues, alcool), les cauchemars, les délires ou les hallucinations. Un bon exemple est une œuvre de Guy De Maupassant, Le Horla (1887). Petit résumé : « le narrateur raconte la terreur qu'il subit par Le Horla, un être surhumain, invisible, qui chaque nuit boit sa vie. Sous forme de journal intime (2nd version), l’hésitation du lecteur repose sur la folie possible du narrateur. » Un petit détail complémentaire, lors de l’écriture de son œuvre, Maupassant commençait lui-même à devenir fou à cause de la syphilis qu’il avait contractée. Mais l’impact ne se fera pleinement ressentir que deux ans plus tard. #fun fact

A contrario, pour ne pas vous laisser l’impression qu’il ne s’agisse que de folie, nous pouvons citer l’un des premiers auteurs fantastiques français, Cazotte. Dans Le Diable Amoureux (1772) il dépeint une histoire d’amour entre son héros et une sylphide. Le lecteur ne saura jamais s’il s’agit d’un rêve, d’une créature ou d’une véritable jeune femme. #un poil plus joyeux

 

Les phénomènes étranges

 

Leurs apparitions marquent le tournant d’une œuvre fantastique, et sont dépeintes comme inexplicables voire incompréhensibles dans un univers réaliste. L’auteur peut donc fortement jouer sur le mystère ou le suspense, le but étant d’entretenir l’ambiguïté du doute. L’emploi de la première personne dans la narration est également courant dans ce registre, afin de favoriser la perception subjective.

La peur voire l’angoisse…

Ce sont les éléments prépondérants du fantastique. Mais étonnement, malgré leur usage très courant dans les œuvres, ce ne sont pas des éléments requis par ce registre. Ils servent notamment à mettre en valeur le principe phare de l’incertitude, via des cadres inquiétants ou des univers sombres. La surprise peut également être utilisée. C’est donc tout naturellement que l’horreur et le macabre ont une place de choix parmi les thèmes abordés. En la matière, je vous conseille fortement de lire l’article de nameless sur Howard Phillips (H. P. pour les intimes) Lovecraft.

 

…et son dérivé de l’univers sombre

Par ailleurs le Mal peut être présent dans les œuvres fantastiques, le surnaturel perturbateur de la réalité étant rarement dépeint comme bénéfique. Il entreprend de sonder les parts obscures qui nous hantent. Les auteurs ont donc recours à certains monstres comme les spectres, fantômes, vampires, démons, voire le Diable en personne. L’un des plus célèbres – forcément – est Dracula (1887) de Bram Stocker. D’autres utilisent des objets, qui se déplacent ou s’animent.

Des liens avec les sciences occultes peuvent être également intégrés (spiritisme, pactes démoniaques ou possessions par exemple). Tout cela est un héritage du roman noir et gothique, sources d’inspiration du fantastique. Nous pouvons même y trouver le thème de la sexualité, que certains interprètent comme une « décadence », d’autres comme une manifestation des désirs inconscients.

 

Bonus – Pour aller plus loin

 

En bref nous sommes assez loin de Harry Potter, pas vrai ? Sachez que si vous n’en avez pas eu assez du fantastique, il y a tant encore à découvrir sur les raisons du développement de certains thèmes ! Voici pour finir quelques informations complémentaires pour comprendre le fantastique, comme le lien fort entre sa naissance et le contexte socioculturel de l’époque, avec :

  • une volonté de « refuge contre les repoussantes réalités du monde vrai » du siècle nouveau

  • une opposition de certains artistes face à la multiplication des explications par la raison ou la science, #tu me casses mon imagination

  • Ou bien tout simplement une rupture souhaitée avec l’optimisme des Lumières en abordant des thèmes où le Mal est prépondérant (que ce soit avec un petit ou grand M)

 

Car souvenez-vous, le berceau du fantastique a été le romantisme, le vrai. Nous pourrions continuer sur d’autres aspects avec l’emploi des études de la psyché dans les œuvres avec notamment l’utilisation de nos peurs. Freud a même écrit des analyses sur cette « inquiétante étrangeté ». Un autre aspect du fantastique est également le détournement du registre par certains auteurs afin de faire passer des critiques sociales avec plus de facilité et éviter la censure. Quand l’idée est exprimée via le Diable ou un contexte flouté de la réalité, cela pouvait passer un peu plus crème qu’en frontal. #c’est pas ma faute, c’est le surnaturel !

 

Conclusion

 

J’aurais aimé continuer avec vous, maaaaais cet article a été conçu comme un tour d’horizon général. J’espère avoir rempli ce rôle, et je vous laisse aller plus loin (sans moi) dans votre exploration du fantastique, du vrai. En bas de l’article, vous trouverez une liste de certaines autres œuvres majeures.

Pour conclure, gardez en tête que les thèmes du fantastique cités précédemment dans l’article peuvent se recouper, mais pas systématiquement, et c’est ce qui fait son charme. Plusieurs œuvres peuvent se pencher sur la frontière entre le rêve et la réalité, mais sans jamais tomber dans l’horreur ou le macabre. Certains auteurs préfèrent effrayer leurs lecteurs, d’autres simplement les troubler. C’est ce qui fait la diversité du fantastique, en partant d’un même principe de nombreuses œuvres différentes ont pu émerger, et traduire chacune à leur façon ce fameux doute à maintenir chez leur lecteur pris au piège.

 

Faites de beaux rêves.

 

 

 

Quelques œuvres majeures :

 

L’un des pères considérés du fantastique – l’Homme au sable (1817) - E. T. A. (aka Ersnt Theodor Amadeus, car lui aussi il a droit à son petit nom intime) Hoffman

La dame de Pique (1834) – Alexandre Pouchkine (nouvelle)

La Peau de Chagrin (1831) - Honoré de Balzac

Les Histoires extraordinaires (1856) - Edgar Allan Poe, traduit par Charles Baudelaire (#rien que ça, ça claque)

Le portrait de Dorian Gray (1891) – Oscar Wilde

Le Cauchemar d'Innsmouth (1931) – H.P. Lovecraft

Et plus récemment certaines œuvres de Stephen King

 

Sources :
http://www.clioetcalliope.com/cont/fantastique/fantastique.htm

http://la-litterature.com/dsp/dsp_display.asp?NomPage=5_19s_013_fantastique

https://interlettre.com/bac-de-francais/703-fiche-sur-le-fantastique-definition-caracteristiques

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