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Fantastique, fantasy et merveilleux : quelles différences ?

Aujourd’hui, quand on se rend dans le rayon « fantastique » d'une librairie, on trouve aussi bien de la bit-lit que de la fantasy et de l'horreur. Au fil du temps, c'est un genre qui a su évoluer, s'étendre et prendre des formes diverses qui n'ont presque plus rien à voir avec le fantastique, le véritable. Celui qui inquiète, qui instaure le doute. Celui de Charles Nodier, de Guy de Maupassant et de Théophile Gautier.

 

Aux origines...

 

Ce fantastique est né de la combinaison de plusieurs impulsions littéraires européennes qui se sont influencées pour se muer en un seul genre.

D'abord, le romantisme fait son apparition et s'étend à travers l'Allemagne, l'Angleterre et un peu plus tard, la France. D'ailleurs, en Angleterre, le gothique est à la mode, avec ses châteaux hantés et son atmosphère horrifique. En France, les Lumières se sont obstinées à rationaliser tous les sujets au XVIIIe siècle et une sorte de contreculture naît de la volonté de nier cette raison omniprésente. Plusieurs auteurs s'emparent de ce joyeux mélange, mais celui qui va véritablement incarner le précurseur du fantastique est E. T. A. Hoffmann, un écrivain allemand dont les contes influencent et inspirent nombre de ses contemporains. Les Français, notamment, s'emparent de ce nouveau genre dont les codes se précisent peu à peu.

 

 

Le Fantastique,

par Mélissa Restous

Les codes du fantastique...

 

Étymologiquement, fantasticum signifie « faire voir en apparence » ou « donner l’illusion ». Avant cela, tout événement extraordinaire appartenait à l’épopée ou au merveilleux, mais au XIXe siècle, il est difficile de tenir une illusion fantasmagorique car le public est bien moins naïf. C’est ce que démontre Pierre-Georges Castex quand il écrit que « le fantastique ne se confond pas avec l’affabulation conventionnelle des récits mythologiques ou des fééries, qui implique un dépaysement de l’esprit. Il se caractérise, au contraire, par une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle[1]. ». Ainsi s'impose peu à peu la nécessité d'ancrer l'événement surnaturel dans un cadre qui paraît familier au lecteur. Il n'est plus question de fées et de dragons mais de la réalité.

 

Pour compléter cette définition du fantastique, il faut faire appel à Tzvetan Todorov qui établit l’importance de trois conditions, que l'on retrouve très souvent chez les auteurs du XIXe siècle, pour faire naître le fantastique dans un récit[2].

 

Tout d’abord, il définit le principe d’hésitation ou d’incertitude, c'est-à-dire que « le texte oblige le lecteur à considérer le monde des personnages comme un monde de personnes vivantes et à hésiter entre une explication naturelle et une explication surnaturelle des événements évoqués. ». Ainsi, pour qu'il y ait du fantastique, il faut que le lecteur éprouve un doute et ne sache pas comment expliquer les aventures vécues par le personnage. C'est ce que l'on retrouve dans Le Horla, une nouvelle dans laquelle on se demande si le narrateur est complètement fou ou s'il perd la tête à cause d'une créature surnaturelle venue le hanter.

 

Ensuite, il évoque le rôle du personnage qui doit ressentir le doute et ainsi le transmettre au lecteur, qui, dans une attitude naïve, doit s’identifier avec ce personnage. C'est-à-dire que la narration fait en sorte de brouiller les pistes pour accentuer l'incertitude. Parmi les astuces employées, il y a le choix de raconter l'histoire à la première personne du singulier et de rendre le narrateur peu fiable parce qu'il est fatigué, blessé, malade ou à moitié endormi.

 

Enfin, Todorov aborde l’attitude du lecteur à l’égard du texte : « Il refusera aussi bien l'interprétation allégorique que l'interprétation "poétique" ». Ces mythes fantastiques, devenus à la mode grâce aux romantiques, permettent de révéler certaines préoccupations de l’Homme, à commencer par la fuite du temps et la révolte qu’elle fait naître, le simulacre de la vie, la mort ou le dédoublement. L’amour y apparaît aussi, sous la forme d’une véritable communion. C’est d’ailleurs le thème de prédilection de Théophile Gautier, grand auteur fantastique français, qui met presque toujours en scène une femme superbe mais inaccessible dont le héros tombe éperdument amoureux. Ces femmes forment une sorte de bestiaire des créatures fantastiques comme les vampires, les fantômes ou les objets animés.

Son évolution

 

En France, au XIXe siècle, la trame et les modalités d'écriture du fantastique sont donc assez codifiées : narrateur à la première personne, état second de ce même narrateur, cadre réaliste dans lequel intervient un élément surnaturel et principe d'hésitation pour expliquer le phénomène surnaturel. On retrouve tout cela dans les textes de Guy de Maupassant, de Théophile Gautier ou même d'Edgar Allan Poe. Toutefois, ces codes conviennent mieux au format de la nouvelle ou du conte fantastique, et dès que les auteurs s'approprient le genre sur des formats plus longs, ils changent les règles. Par exemple, le principe d'hésitation s'estompe. Dans Dracula de Bram Stoker, texte fondamental s'il en est pour la littérature vampirique qui évolue ensuite en bit-lit, il n'y a aucun doute sur la nature du comte Dracula. De même, très tôt Mary Shelley mêle dans Frankenstein le fantastique à la science dans un des textes qui annonce le début de la science-fiction.

 

Au fil des ans, des modes et des propositions littéraires faites par les écrivains, le fantastique a donc muté en une multitude d'autres genres. Il est devenu protéiforme et cela explique la diversité du rayon « fantastique » de n'importe quelle librairie.

 

 

[1]Pierre-Georges CASTEX, Le Conte fantastique en France, Paris, Librairie J.Corti, 1951

[2]Tzvetan TODOROV, Introduction à la littérature fantastique, Éditions du Seuil, 1970

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