Gagnants des catégories Description

Meilleure description de personnage

Auteur : Clo_2021

Titre : Rallumer le feu

 

« Triste et éteinte. Voilà ce qu'on dit d'elle. Pourtant, ce n'est pas tout ce qu'il y a à savoir à son sujet.

Elle est la fille qui papillonne de groupe en groupe, ne sachant pas où est sa place.

Elle n'est ni une frimeuse ni une timide, ni une sportive ni une geek, ni une populaire ni une intello.

Elle n'est ni grande ni petite, ni grosse ni fine. Elle n'est ni belle ni moche, ni surdouée ni stupide.

Pour la mettre dans une case, son prénom suffit.

Elle est Élisée Sylvestre.

La fille du premier rang, que tout le monde voit mais que personne ne regarde. La fille que tout le monde entend, mais que personne n'écoute. La fille que tout le monde connaît de vue. Simplement de vue. Jamais plus.

La fille qui, dès qu'elle a un moment de libre, sort son carnet et se plonge dans ses histoires imaginaires, parfois de preux chevaliers et de demoiselles en détresse, parfois de Glurb et créatures venues du fin fond du cosmos, d'autres encore dans le manoir d'un dangereux vampire.

La fille qui refuse de l'admettre, mais qui chante encore les chansons de dessins animés en rêvant du prince charmant.

La fille qui continue de chercher la maison sur la colline, où elle pourra élever des moutons en paix.

La fille tellement banale que ça en devient inquiétant. La fille anormalement normale. La fille invisiblement transparente.

Elle est la fille qui a eu la merveilleuse idée de craquer sur son binôme de travaux pratiques. Comment aurait-elle pu faire autrement ? Au milieu des représentations de molécules, des classifications périodiques et des formules à rallonge, c'est la seule personne qui la fait se sentir comme... quelqu'un.

C'est la seule personne qui la fait exister.

Ou tout du moins, pendant ces quelques heures au laboratoire, qui lui en donne l'impression.

Ne serait-ce qu'en la laissant répondre aux questions, en l'assistant lors des manipulations. Ne serait-ce qu'en lui souriant ou lui prêtant un stylo.

Un électron libre. Voilà ce qu'elle est. Un électron libre, qui a repéré un noyau autour duquel graviter, mais autour duquel gravitent déjà tant d'autres électrons.

« Élisée ! Comment vont tes champs ? » lui demandait-il toujours avec un air blagueur.

Élisée, les champs. Les Champs Élysées. Grande avenue parisienne et paradis chez les Grecs, où les braves reposaient.

Triste et éteinte. Voilà ce qu'on dit d'elle. Mais ce n'est pas l'entière vérité. Et c'est loin de l'être.

Cette fille que je viens de vous décrire n'est nulle autre que moi. Élisée Sylvestre, quinze ans et encore toutes ses dents. Petite chandelle qui attend comme une conne la flamme qui la fera s'embraser de nouveau. J'aurais bien dit que je suis ravie de vous rencontrer, seulement je ne me sens plus la force d'être ravie pour quoi que ce soit. »

Meilleure description de paysage

 

Auteur : enfant-minuit

Titre : Phoebé et l’époque bleue

« Je pensais que le grenier était ma pièce préférée dans la maison de campagne de ma grand-mère. Il y régnait une odeur d’huile d’olive ; c’était la seule pièce qui n’était pas contaminée par les fumées épaisses de la pipe de mamie Hirondelle. Mes pattes de louve se mirent immédiatement à caresser le verre de la lucarne. En tirant dessus, elle s’ouvrit brutalement, avec un bruit qui effraya les moineaux de la ligne à linge. Le lierre qui poussait entre les briques s’aventurait jusque sur son rebord.

En face, se dressait le mur ocre des voisins. Cette toile solide était parcourue de coups de brosses trop pressés. On y discernait des creux où la peinture n’avait pas pu s’infiltrer et des endroits où elle s’écaillait. Tout cet empilement de teintes donnait l’impression que le mur n’était qu’une vieille peau que le temps s’était amusé à souiller.

La campagne chantait. Les herbes sifflaient ensemble, alors que les grains qui explosaient la terre cognaient contre l’humus fin des premières récoltes. Les feuilles, elles, se froissaient les unes contre les autres, murmuraient des paroles dans une langue inconnue. Les fées jouaient des percussions sur les écorces des plus grands chênes, leurs doigts d’argent tintant contre les carapaces de la flore environnante.

Et parmi ce concert chaotique, des notes trop mélodiques venaient briser le tempo des végétaux. Dans le mur du voisin se creusait une fenêtre en bois blanc. Les cordes d’un piano sonnaient derrière elle, et mes yeux curieux ne parvenaient qu’à apercevoir les traits d’une silhouette masculine assise. Je ne sais pas combien de temps je suis restée à écouter la nature et l’humain s’échanger leur musique, je sais juste que si Calypso avait dansé sur ces chansons, elle ne serait peut-être pas tombée. »

Meilleure créature imaginaire

ex-æquo

Auteur : Vault

Titre : Cody & la Tour de la Sorcière

« Tout d’abord, elle ne repéra que la créature qui flottait légèrement au-dessus du sol. Elle n’avait pas de peau ni de chair, et son corps était fait d’une large brume grisâtre. Son visage n’avait rien d’humain. Ses yeux étaient ronds et sombres comme des perles, et sa bouche sans lèvres laissait apparaître des rangées de dents aiguisées qui s’étiraient comme un sourire forcé. Ses deux bras esquissés par la brume pendaient jusqu’au sol, et se terminaient par des mains aux doigts griffus. Elle n’avait plus de corps à partir du bassin.

Puis, Cody remarqua une seconde créature qui était comme fixée au torse de la première. C’était une jeune femme, au visage et à la peau dissimulés par un vêtement semblable à une camisole munie d’une capuche. Ses jambes longues et pâles étaient nues. Elle semblait frêle et maladive ; on n’aurait su dire si le fantôme qui la portait l’aidait à se tenir droite, ou s’il était le responsable de son affaiblissement. »

ex-æquo

Auteur : Istram

Titre : Les Passeurs d’histoires et le masque du Serpent

« Ce n’était pas son père, et ce n’était pas humain.

L’ombre des jambes était humaine, oui. Mais elles étaient bien trop longues, et portaient un étrange torse, trapu, large et imposant. Et entre les jambes, une queue de loup balayait le sol.

La haute silhouette se rapprochait.

Nokomis se mordit violemment la lèvre et fit marche arrière, mais ses pieds butèrent contre la montée.

L’ombre possédait de grands bras, arqués et terminés par des griffes courtes. L’ombre ne correspondait à rien de ce qu’elle connaissait.

Elle déglutit devant la taille du monstre qui se tenait à quelques mètres d’elle. Sa respiration forte et profonde lui venait aux oreilles. La silhouette se couronnait par une haute ramure de cerf.

Sans plus attendre, Nokomis se retourna et entreprit d’escalader la montée. Sans rien voir de plus que l’ombre des branches, elle s’agrippa à tout ce qui lui tombait sous la main. Mais l’humidité rendait l’ascension difficile et vu la taille de la créature, qui culminait à plus de trois mètres, elle se ferait cueillir avec facilité si elle ne se dépêchait pas.

Le sol se transformait en boue sous ses pas, et ses mains ripaient sur les pierres tombantes.

La jeune femme poussa un cri d’horreur quand son pied droit glissa avec violence, et que sa main gauche lâcha la racine à laquelle elle s’agrippait avec désespoir.

Elle chuta de nouveau et poussa un cri de douleur en retombant sur le dos.

Le souffle court, elle ouvrit vite les yeux pour prendre connaissance de la situation. Elle hurla.

À quelques centimètres de son visage se tenait la face ubuesque du monstre. Les yeux de hibou prenaient place sur la face mi-cerf mi-humaine de la créature, encadrée par une épaisse fourrure brune et blanche et par des oreilles de cervidé bougeant en tous sens.

Nokomis plaça par réflexe son bras droit devant son visage pour se défendre. Mais la créature ne bougea pas, son souffle brûlant réchauffait le visage de la jeune femme. L’étrange animal poussa un grognement plaintif, et éloigna son visage. La ramure qui le coiffait, gouttait de rosée. »

 

Meilleure description non visuelle

Auteur : LorianO

Titre : Fisc, crimes et chocolat

« Il faut pousser la porte sur la droite pour véritablement rentrer dans l’univers de la boutique. Là, la première chose qui saute aux sens, c’est l’odeur : chaude, intense, veloutée ; on a l’impression de l’avoir sur la langue. Si on a le nez fin et selon les jours, on peut y ajouter du caramel, des épices, de la menthe ou des agrumes. Sans même avoir besoin d’ouvrir la bouche ou les yeux, on peut déjà deviner que l’inscription sur la vitre n’a pas menti.

Ensuite, il y a le bruit. Si le magasin est vide (c’est rarement le cas), il y aura un léger fond musical, qui peut aller d’une guitare saturée à une envolée lyrique, en passant par un harmonica sautillant ou un banjo endiablé. Par-dessus, éventuellement, une voix qui fredonne maladroitement ou quelques bols qui s’entrechoquent. Si la clientèle a envahi les lieux, la musique sera recouverte par le bavardage des uns, le cliquetis des cuillères sur les soucoupes, les tintements de la caisse enregistreuse et la voix de Thom, la plupart du temps feutrée comme du praliné, mais qui peut se relever d’une pointe de clémentine quand il s’enthousiasme particulièrement. »

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