J’ai longtemps pensé que, pour écrire un roman, il suffisait d’avoir une idée cool, de savoir où commencer et comment terminer, et voilà. Pour moi, les personnages étaient des entités un peu abstraites que je foutais là-dedans en me disant que j’apprendrais à les connaître au fur et à mesure. En vrai, je le fais toujours un peu – l’écriture est avant tout une aventure, et elle perdrait de sa saveur si je me lançais dans la rédaction avec un cadre trop rigide. Toutefois, j’ai compris l’importance cruciale (au moins) (sans rire) de connaître ses personnages avant de commencer à écrire son histoire.

 

Parce qu’un personnage, c’est le cœur d’une histoire. Il est la raison pour laquelle on la raconte, pour laquelle les péripéties vont arriver et, si on ne prend pas le temps de l’élaborer soigneusement, on prend le risque de raconter une histoire bancale, ou incohérente, ou pas intéressante.

C’est là que la fiche personnage entre en scène. Et, spoiler, elle ne concerne pas seulement l’aspect physique, les qualités et les défauts.

Faire une fiche personnage

par Tiphs

1 - Lier le personnage au thème de votre histoire

 

Que voulez-vous raconter, en fait ? Quels messages voulez-vous faire passer ? Et, surtout, en quoi votre personnage va-t-il vous aider ?

 

Voici la base de la réflexion à mener, avant même de penser à la couleur de ses yeux ou au nombre de cicatrices sur ses pectoraux parfaitement sculptés. Tout bon roman comporte une problématique, quelque chose à résoudre ; une intrigue, en somme. Si vous décidez d’écrire une œuvre de fiction, à moins que votre parti pris soit d’observer des personnages dans leur quotidien et puis voilà, il vous faudra suivre le schéma narratif : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale. Et votre personnage sera le moteur de votre intrigue, grâce à ses convictions et à l’évolution qu’il va suivre. Il va donc falloir articuler le thème de votre histoire autour de cette intrigue, mais également faire en sorte que votre personnage en soit le cœur, celui qui va lier les deux.

 

Ainsi, si vous décidez de traiter de féminisme, en quoi votre personnage va-t-il résonner avec ce thème ? Comment le placer pour arriver à faire passer le bon message ? Par exemple, si vous désirez mettre en lumière les inégalités homme-femme au XIXe siècle, peut-être que votre personnage sera un « ignorant », qui ouvrira les yeux petit à petit, ou quelqu’un de déterminé à faire changer les choses, mais qui n’a pas conscience de la difficulté qui l’attend.

À partir de là, quelle sera sa marge d’évolution ? En quoi devra-t-il changer ?

 

De là découlera son désir, le but qui l’animera tout au long du récit. C’est le but de votre personnage principal qui sera au cœur de votre roman (sinon, il ne serait pas le personnage principal, n’est-ce pas), mais notons toutefois que les autres personnages doivent, eux aussi, avoir leurs propres désirs. Ces derniers peuvent très bien ne pas être les mêmes que ceux de votre héros (c’est même plus intéressant, à mon sens, de diversifier les points de vue sur un même sujet) ; l’essentiel étant qu’ils restent porteurs du thème et permettent aussi de l’exploiter, même différemment.

 

Définir le but de vos personnages vous permettra non seulement de définir la direction que prendra votre récit, mais aussi de ne pas vous perdre dans la narration et les différents arcs que vous traiterez.

 

 
2 - Déterminer ses besoins

 

Contrairement au désir, les besoins d’un personnage, eux, ne sont pas forcément conscients (voire, pas du tout). Il peuvent même, parfois, être en totale opposition avec son but, créant ainsi un conflit intérieur qui peut être tout à fait intéressant.

Pour définir ces besoins, on peut se demander ce qui manque à votre personnage, ce qui fait qu’il ne se sent pas complet, ou encore ce qui l’empêche d’avancer… et ensuite, réfléchir à comment les combler, au moins en partie.

 

Par exemple, un personnage peut avoir comme but de devenir une star d’internet adulée par des millions de personnes et délaisser ses proches dans le processus… et se rendre compte plus tard que 1- ce n’est pas forcément l’attention dont il rêvait mais 2- ce besoin démesuré d’attention est lié à un manque affectif provoqué par une déception amicale, quelque part dans son passé – déception qui l’aura mené à se renfermer sur lui-même et à se tourner vers la sécurité des écrans et de l’internet.

Ce dont aura alors besoin votre personnage, c’est d’oser renouer de vraies amitiés, pour pouvoir ensuite avancer sereinement.

 

Oui, ça demande une certaine réflexion mais, pour le coup, déterminer les besoin de votre personnage aidera à maîtriser son évolution de manière cohérente et réaliste.

3 - Le caractériser

C’est la partie où on s’amuse. Maintenant que vous en savez plus sur votre personnage, il est temps de lui donner des traits de caractère, un physique, bref, tout ce qu’on trouve dans une fiche personnage de base.

 

Quelques exemples non exhaustifs :

         

- Taille/corpulence

- Couleur de peau/d’yeux/de cheveux

- Âge

- Qualités/défauts

- Croyances/superstitions

- Famille

- Difficultés/complexes

- Milieu social

- Signes distinctifs (tatouages, cicatrices, bijoux…)

- Talent particulier

- Pouvoirs/armes

- Hygiène de vie (cigarette, drogue – pas bien –, sportif, couche-tard ou, au contraire, couche-tôt…)

- Santé (handicap, maladie…)

- Philosophie de vie et sa potentielle évolution au cours du récit

- Passe-temps

- Le genre de personne qu’il apprécie/avec qui il ne s’entendra jamais

- Comment se perçoit-il ? A-t-il confiance en lui ?

- …

4 - Creuser un peu plus

Parce que c’est bien beau, mais un personnage, ça vit ! Quelle est donc son histoire avant le début du roman ? D’où vient-il, où a-t-il grandi ? Comment était sa relation avec ses parents ? Avait-il des amis ? De quel type ? Quel impact tout cela a-t-il sur son comportement d’aujourd’hui ?

 

Réfléchir à cette étape avant la rédaction vous permettra de rendre votre personnage attachant et de lui donner du corps sans risquer l’incohérence – et ça, c’est cool, parce que les incohérences, c’est le pire cauchemar de la réécriture. Libre à vous de lui donner une vie de merde remplie de drama, ou au contraire une enfance heureuse et sans tâche… tout dépendra, eh bien, de ce que vous aurez défini pendant les deux premières étapes.

 

Par exemple, un personnage ignorant mais déterminé à faire changer les choses (pour reprendre l’exemple cité plus haut) peut avoir eu une enfance dorée, préservée de la réalité du monde, mais avoir subi une énorme pression psychologique de la part de sa famille, ou avoir vécu quelque chose qui a enclenché sa détermination.

 

En bref, donner un passé à votre personnage pour justifier son comportement et l’ancrer encore un peu plus dans la réalité.

 

 

 

Et voilà ! En suivant ces étapes, vous créerez des personnages réalistes, attachants et marquants. Bien sûr, ces différents points n’ont pas besoin d’être travaillés de la même façon en fonction de l’importance de vos personnages, mais c’est tellement plus sympa quand les lecteurs nous disent qu’ils ont l’air teeeellement vrais. Non ?

Tiphs
 
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Sources
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