Il est important de ne pas se limiter aux grandes maisons d'éditions, type Gallimard, Grasset ou Bragelonne (etc.) dans nos choix de lecture et de donner une chance aux plus petites structures, qui proposent elles aussi des travaux de qualité.

 

Dans le cadre de mes études, j'ai réalisé un dossier sur les Éditions du Riez, une jeune maison à taille humaine (20 auteurs publiés pour 45 ouvrages). Il m'a semblé intéressant de vous la présenter, en reprenant l'interview que m'a accordée Alexis Lorens, son fondateur.

       

K-Rine
 
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Les livres sont répartis dans cinq collections :

  • Brumes Étranges, avec des romans (et quelques recueils de nouvelles) fantastiques, de fantasy ou de science-fiction.

  • Sentiers Obscurs, avec des polars et thrillers.

  • Graffics, avec des BDs et des romans graphiques.

  • Pages solidaires, avec des recueils de nouvelles engagées.

  • Vagues Celtiques, qui s'intéresse à la culture bretonne.

 

Force est de constater la diversité du catalogue, tant au niveau de la forme (on y retrouve des romans, des nouvelles et des livres graphiques) qu'au niveau du fond (de la SF mais aussi du polar ou des romans d'horreur).

Malgré tout, il est intéressant de souligner que chaque livre, publié au Riez, a – de près ou de loin – un lien avec les genres de l'imaginaire. Cela peut être extrêmement prononcé (La Guerrière fantôme, de Lise Syven, dans la collection Brumes Étranges, est par exemple un roman de low fantasy) ou moins évident (Projet Harmonie, de Christophe Nicolas, dans la collection Sentiers Obscurs, est un thriller qui flirte avec la SF). Cette pluralité est une aubaine pour les lecteurs qui sont certains de trouver au moins un ouvrage qui leur correspond.

Création de la maison, en 2009

 

Moi : Pourquoi avoir fondé votre propre maison d'édition ? Aviez-vous déjà travaillé dans ce milieu ?

Alexis : Avec la fermeture de Nuit d’Avril (maison d’édition spécialisée dans le fantastique francophone dans laquelle j’avais été publié), les auteurs se sont retrouvés « orphelins ». Une énième structure éditoriale fermait, peu de temps après l’Oxymore (une maison d’édition que j’appréciais également), ce qui était regrettable.

Je savais que rien ne serait facile. Je n’avais pas la prétention de dire que je ferais mieux, mais j’ai quand même décidé de créer les Éditions du Riez. Je souhaitais, après avoir été auteur, franchir un nouveau pas dans le milieu littéraire et me retrouver de l’autre côté. Je précise que je n’écris plus, c’est un choix ; je préfère me consacrer entièrement aux auteurs que nous publions.

Cela pourrait expliquer qu’une partie de nos premiers auteurs (que je connaissais) avaient été publiés auparavant chez Nuit d’Avril ou chez l’Oxymore.

Nous avons eu 45 parutions à ce jour, et je pense que le lecteur peut dire que nos choix éditoriaux sont très éclectiques. Car même si notre collection « phare » est celle de l’imaginaire, on y retrouvera du space-op, de la fantasy, de l’urban fantasy, du gothique, du post apocalyptique, du thriller SF, des anthologies, des recueils de nouvelles… De même qu’avec notre collection graphique, nous essayons de publier des livres très différents : roman graphique (Memories Of Retrocity), conte gothique (Cœur Empoisonné), BD doublée d’un album musical (Le Pantin sans visage).

Tout cela pour dire que presque toutes nos parutions sont des coups de cœur éditoriaux et que nous ne souhaitons pas obligatoirement coller aux « modes ». Alors parfois, on se casse la figure parce que tel livre ne trouve pas vraiment son public, c’est le risque.

Alors que se passe-t-il après quelques années d’existence ? Nous pensons toujours que nous avons un rôle, en tant que maison d’édition (je parle de maison d’édition en général et pas seulement les « petits »), de repérer de « jeunes » talents et de les faire découvrir au public.

Dans une certaine mesure, on peut dire que nous avons réussi à capter l’attention de grandes maisons d’édition. Les Pousse-Pierres d’Arnaud Duval, dont c’est le premier roman, sera repris en poche chez Folio SF ; Syven publiera en jeunesse chez Castlemore ; Christophe Nicolas au Fleuve Noir et chez Pocket. Ce sera également bénéfique pour nous, car cela nous permettra de toucher un plus large public.

Ces auteurs, comme la plupart de ceux que nous avons publiés, ne nous quittent pas pour autant et nous continuons de les publier. Car en plus d’une relation éditeur/auteur, ce sont souvent des relations d’amitiés qui se nouent au fil du temps.

 

Moi : Combien êtes-vous aujourd'hui à gérer cette maison ?

Alexis : Je suis seul, mais entouré des auteurs, correcteurs et illustrateurs selon les différents projets littéraires.

            Sélection et travail du manuscrit

 

Les Éditions du Riez déclarent recevoir environ 300 manuscrits par an (entre cinq et six par semaine). Les soumissions se font uniquement par mail, via un formulaire. Si elles sont trop abondantes et deviennent ingérables, ou si la maison n'a plus assez de fonds pour travailler correctement, Alexis Lorens n'hésite pas à fermer temporairement cette demande de contact. Dans une interview, donnée au site internet Espaces comprises en 2013, il décrit très précisément sa méthode de sélection des manuscrits :

 

Dès réception du fichier : lecture des quinze premières pages par Alexis Lorens.

Les poèmes, pièces de théâtre et essais, qui n'entrent pas dans la ligne éditoriale, sont immédiatement refusés. Il en va de même pour les recueils de nouvelles non sollicités. Notons également que les romans ne doivent pas excéder 700 000 signes (on proposera alors à l'auteur de découper son histoire en plusieurs tomes).

Cette première approche permet également se faire une idée du style de l'auteur. Selon Alexis Lorens (dans l'interview citée précédemment), « on se rend rapidement compte si c’est publiable ou non », les aspects les plus rebutants étant bien entendu « des fautes d’orthographe à foison, de grammaire, des phrases mal tournées et incompréhensibles, une langue au final mal maîtrisée ». Le thème abordé et l'agencement de l'histoire sont également très importants : les Éditions du Riez demandent aux auteurs d'envoyer, en plus de leur manuscrit, un synopsis détaillé. Celui-ci permet de voir si l'ouvrage proposé colle aux « modes » du marché (dans ce cas, la sélection sera d'autant plus exigeante).

 

Envoi du manuscrit à deux membres du comité de lecture (principalement composé d'étudiants, de professeurs et de libraires). L'histoire est alors étudiée dans son intégralité et les lecteurs doivent remplir une fiche de lecture argumentée.

 

Si les deux avis sont positifs, nous arrivons à la dernière étape. Alexis Lorens lit cette fois-ci le manuscrit en entier.

Moi : Que se passe-t-il une fois que vous avez accepté un manuscrit ? Y a-t-il une phase de correction en collaboration avec l'auteur (et un correcteur, si vous en avez un) ?

Alexis : Une fois le manuscrit accepté, les phases de corrections entre l'éditeur, la correctrice et l'auteur débutent. En général, correcteur et auteur sont mis en relation et travaillent ensemble sur les corrections : une première phase plutôt d'ordre global (idées, syntaxe, cohérence) et une seconde plus précise (orthographe, grammaire). Il n'y a pas de schéma type. Certains manuscrits exigent plus de corrections que d'autres.

 

Moi : Et en ce qui concerne la collection Graffics ? Demandez-vous des corrections sur certains dessins ? Comment cela se passe-t-il pour Aalehx, avec le CD ? [Note : Aalexh est l'auteur d'une BD audio ; l'ouvrage est vendu avec un CD musical, à écouter pendant la lecture]

Alexis : Il ne nous est jamais arrivé de reprendre des dessins. En général, les illustrateurs/dessinateurs arrivent avec un projet très abouti. Pour Aalehx, l'enregistrement audio (il en est l'auteur/compositeur/chanteur) se fait de concert avec l'élaboration de la bande dessinée (dont il est l'illustrateur), c'est donc assez facile. Après la fabrication du CD suit le chemin classique : SDRM (SACEM) et pressage (fabricant).

 

Moi : Comment se passe l’élaboration des couvertures (en passant, je les trouve toutes magnifiques !) ? J'ai vu la liste de vos illustrateurs, sur le site, mais l'auteur a-t-il son mot à dire quant à celui qu'il préfère ou l'image-même ?

Alexis : C’est un élément qui permet d’attirer l’œil du lecteur potentiel. C’est aussi un élément pour faire connaître nos livres. Enfin, je crois que l’objet-livre doit être quelque chose de joli.

Pour l'illustrateur, cela dépend, il n’y a pas de règle écrite. Parfois je choisis ; parfois c’est l’auteur qui souhaite travailler avec tel illustrateur. Nous ne faisons pas d’appels d’offres, nous allons chercher les illustrateurs en fonction de nos besoins. Par contre, nous ne travaillons qu’avec des professionnels dont c’est le métier. C’est aussi une façon de promouvoir leur talent et de les faire connaître du grand public. Nous soumettons des idées (auteur/éditeur) à l'illustrateur, mais en général, ce dernier ayant une approche artistique que nous n'avons pas forcément, nous lui laissons beaucoup de liberté.

Tout comme avec les auteurs, des liens se créent. C’est pourquoi nous aimons retravailler avec nos illustrateurs.

 

 

            La vie des ouvrages publiés.

 

Moi : Comment se passe votre service de distribution ? Êtes-vous affiliés à un grand groupe ou gérez-vous tout vous-même ?

Alexis : Nous avons repris notre indépendance après une mauvaise expérience avec un distributeur/diffuseur. Cela fait près d'un an et demi que nous travaillons en direct avec les libraires... et cela se passe très bien. Notre chiffre d'affaires en librairie est en constante hausse.

Par contre, pour le numérique, nous nous sommes associés avec E-dantes. C'est un très bon choix et un excellent partenaire (ils distribuent aussi l'Atalante et le groupe Bragelonne). Cela nous permet d'avoir certains de nos titres régulièrement mis en avant sur les grandes plates-formes de distribution du secteur (NolimStore, Amazon, iTunes, Fnac...).

 

Moi : Comment faites-vous pour promouvoir vos auteurs ?

Alexis : C’est souvent ce qui manque aux petites maisons d’édition : un budget publicitaire que nous ne pouvons pas nous offrir.

Internet est un moyen important pour nous, via une communication sur les réseaux sociaux, des partenariats avec des forums ou des blogs, des jeux-concours.

Nous participons aussi à certains salons (Imaginales, Salon Fantastique, Trolls & Légendes...)

 

Dernier point important, certains ouvrages publiés au Riez sont sélectionnés pour des prix nationaux : Les Pousse-Pierres d'Arnaud Duval a gagné le prix Futuriales 2012, par exemple.

 

 

Ainsi, on peut dire que les Éditions du Riez, quoique nouvelles dans le monde du livre, semblent bien parties pour faire parler d'elles. L'originalité de leurs parutions et leur volonté de valoriser tout ce qui peut se faire dans l’imaginaire (des classiques fantasy/fantastique, jusqu'aux thrillers transgenres, en passant par la BD et le roman graphique) sont sans doute une clé pour surmonter ces épreuves et s'inscrire pleinement dans le cœur des lecteurs.


Personnellement, je recommande vivement les BDs musicales d'Aalexh ou encore La Guerrière fantôme de Lise Syven (premier tome d'un dyptique).

            Sources :

        

les ÉDITIONS du RIEZ

par Karine

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