Après la vague déferlante de 50 Nuances de Grey, je me suis dit qu'il fallait que je m'essaie à la littérature érotique. Ne m'y connaissant pas, j'ai tenté la trilogie de E.L. James. Échec, j'ai abandonné. Mais pas complètement, j'allais bien trouver un livre qui allait me faire aimer le genre.

            Décrit comme plus soft que 50 Nuances, plus crédible aussi, je me suis laissée tenter par Dublin Street de Samantha Young. Ce livre sera-t-il l'élément érotique de ma bibliothèque ? Serait-ce the one ?

            Pleine d'espoir, je me suis lancée dans la lecture et… nouvel échec. Je n'ai pas complètement détesté, mais Dublin Street est un NON définitif pour moi.

            Je vais vous expliquer pourquoi…

       

Ascelle
 
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            Jocelyn Butler est une américaine qui a perdu famille et meilleure amie durant son adolescence. Cette histoire tragique a laissé ses marques et influe sur son comportement et ses relations actuelles (amicales et amoureuses). Elle vit à Édimbourg et, en allant visiter une colocation sur Dublin Street, elle rencontre un homme qui s'avèrera être le frère de sa nouvelle colocataire. C'est avec cet homme, Braden Carmichael, que Jocelyn va vivre une drôle d'histoire amoureuse. La relation en dent de scie qu'elle va entamer avec ce jeune homme va avoir un impact important sur les démons qui la hantent.

Les personnages

            Le personnage principal s'appelle Jocelyn Butler mais elle préfère qu'on l'appelle Joss (comme c'est original… Oui, je fais parfois dans le sarcasme...). Joss (donc) a eu un passé difficile et par conséquence est bien trop ennuyeuse et énervante. Elle se plaint constamment, se déprécie tout le long du roman à coup de « Mais je ne mérite pas votre affection! » (ou « amour », tout dépend de son interlocuteur).

            Au début, l'aspect torturé de ce personnage est très intéressant (notamment parce que les personnages torturés, J'ADORE ça !!). Mais au bout d'un moment, c'en devient agaçant et on a qu'une seule envie : lui donner des claques pour qu'elle se ressaisisse. Son allure de pauvre martyr a des relents d'égoïsme et d'immaturité.

            En plus de ça, je déplore son irrationnalité. Tout le long de ma lecture, Jocelyn m'a semblée réfléchie, maline et pourtant, alors qu'elle avait conscience du (bon) choix à prendre, elle se décidait pour le choix inverse.

            En parallèle de mes énervements, j'ai bien aimé son évolution. Elle a mis du temps à réaliser ce qui n'allait pas chez elle et c'est intéressant de la voir s'en rendre compte. Entre deux ou trois claques perdues, elle m'a touchée (la coquine) et j'avais envie de savoir la suite.

 

            Ensuite vient Braden Carmichael. En cherchant des avis sur cette histoire avant de commencer ma lecture, il m'est apparu que cet homme faisait l'unanimité : « Ah non mais Braden, il est trop bôôôôw, quoi!! ». Et pourtant, si je suis mitigée concernant Joss, je ne le suis pas du tout concernant Braden Carmichael : Je déteste ce type de toutes mes forces… Et cela peut s'expliquer très facilement : Monsieur Carmichael est un Mâle Alpha détestable.

            Je comprends bien que cet argument n'est pas valable sans développement. Je m'explique alors.

           

            Braden Carmichael est sexiste (et non, si une femme s'est mal comportée avec toi à un moment donné de ta vie, ce n'est pas une bonne raison de mal se tenir avec les dames!). Sexiste car il ne respecte pas les choix de Joss. Il prend toutes les décisions pour leur couple. Même si les situations sont tournées de telle ou telle manière pour nous faire croire l'inverse, la plupart des décisions de Joss sont des compromis faits pour satisfaire son homme. J'ai vraiment eu l'impression que le jeu préféré de Braden était de tester les limites de Jocelyn. Ce que je désapprouve vraiment.

                 Exemple 1 : Après avoir fait la bête à deux dos (ça veut dire, ils ont fait l'amûûûûr), Jocelyn lui dit qu'elle ne veut pas qu'il dorme avec elle. Elle essaie de le chasser et devinez ce qu'il fait ? Il dort avec elle !

           Exemple 2 : Braden Carmichael n'accepte pas que Joss ait des relations avec d'autres hommes. Il voit mêmes les relations amicales d'un mauvais oeil et il va alors jusqu'à menacer de battre ces hommes. Plus tard, il ira jusqu'à mettre ses menaces à éxécution et frapper un collègue de sa compagne. Mais vous comprenez, ce n'est pas une réaction débile, c'est juste qu'il est fou amoureux de Jocelyn, le pauvre Braden (sarcasme).

            Exemple 3 : Non seulement, il n'aime pas que Jocelyn fréquente d'autres hommes, mais il ne veut pas que d'autres hommes puissent trouver Jocelyn à leur goût. Il va jusqu'à exiger qu'elle s'attache les cheveux lors d'une sortie pour que personne ne puisse voir à quel point les cheveux lâchés lui vont bien (Vous ne l'entendez pas, mais je hurle de désespoir!). Il ne veut clairement pas partager (sauf qu'une personne, ça ne se partage pas. Par contre les crêpes, c'est fait pour alors fais tourner!).

 

            Je conclurais cette partie sur les personnages de manière plus générale. Tout dans les personnages de Dublin Street crie le Mary-Sue et l'élitisme social : ils sont beaux, intelligents, hétéros, blancs, cisgenres, riches. Les personnages n'ont aucune profondeur, ce qui n'est pas du tout représentatif de l'ensemble de la société.

            De ce fait, je n'ai pas du tout pu m'identifier aux personnages, même les plus secondaires. Certaines personnes n'ont pas besoin de cela pour apprécier une lecture, mais c'est mon cas et si j'y arrive généralement, même quand cela semble difficile, je me raccroche toujours à une valeur ou un trait de caractère communs. Dans le cas de Dublin Street, cela m'a été complètement impossible.

 

L'amour et l'érotisme dans Dublin Street

            Alors que l'histoire amoureuse entre Braden et Joss est l'intrigue principale du roman, c'est aussi ce qui m'a le plus agacée. Tout le long de l'histoire, j'ai eu l'étrange sentiment que leur amour était superficiel et basé sur le physique. L'attirance physique est un point qui peut avoir son importance, je l'admets. Cependant, le temps avançant, il devient nécessaire de se pencher sur d'autres aspects.

            Les seuls (du moins, une bonne partie) compliments que s'échangent Jocelyn et Braden sont des louanges physiques. Ils oublient toutes les autres qualités que les êtres humains peuvent avoir et qui peuvent être digne d'amour (gentillesse, tolrance, générosité, compassion, patience...). Ces qualités ont été mises sous silence durant ma lecture (ce n'est que mon impression, je peux me tromper).

 

            Quant à l’érotisme… Alerte aux clichés! (tu le sens le désespoir?). Ma pudeur me met souvent mal à l'aise lors de certaines scènes de cinéma ou quand je lis des scènes de brioche. Mes joues rougissent, ma température corporelle augmente légèrement, j'ai l'impression d'épier la vie privée d'autrui, etc. Je suis génée mais je ne reste pas insensible. Dans le cas de Dublin Street, c'est différent. Je n'ai rien ressenti. Rien de positif et hormis le sexisme ambiant, rien de négatif non plus. Cela m'a complètement laissé de marbre. À la limite, il m'a fait rire :

« Je jure que sa voix grave vibra jusqu'à ma petite culotte. »

Quelle classe. Bravo.

 

            Non seulement leurs aventures sexuelles sont répétitives (toujours le même schéma), mais elles sont ennuyeuses à mourir (et il ne faut pas être contorsionniste pour m'impressionner...). Leurs réactions sont toujours les mêmes et manquent de réalisme : la culotte et les tétons de Jocelyn sont les points centraux pour exprimer son excitation. Je trouve cela (un chouïa) réducteur et (complètement) cliché.

 

Petit instant féminisme avant de conclure

            J'ai déjà abordé le point du sexisme plus haut en parlant de Braden Carmichael, mais il me semblait important de vous montrer une scène du roman et vous expliquer mon choc et ma colère face au machisme dont fait preuve ce personnage. Ici, je souhaite juste démontrer à quel point Braden, le beau et riche Braden (puisque visiblement ce sont ses seules qualités) est violent :

            Recontextualisation : Braden et Joss ne sont pas encore officiellement en couple et leur arrangement ne comprend pas de rendez-vous galants. Braden a parlé à Joss d'un repas d'affaire où il aimerait être accompagné (fameux cliché des femmes qui parlent de vernis à ongle pour s'occuper tandis que les messieurs parlent de leurs affaires). Et finalement, ce repas d'affaire s'avère être un piège pour attirer Joss dans un rendez-vous galants :

 

« – Tu m'as parlé d'un dîner d'affaires.

   – Certes, mais je n'ai pas précisé le genre d'affaires.

  Oh mon Dieu. C'était un rencard ! Pas question. D'abord l'autoritarisme, puis la balade main dans la main... non. Non, non et non. Je repoussai ma chaise, à deux doigts de bondir sur mes pieds, quand les mots suivants de Braden me figèrent sur place.

   – Si tu essaies de partir, je te plaque au sol.

   Même s'il avait dit ça sans me regarder, je compris qu'il était on ne peut plus sérieux.

   Je n'arrivais pas à croire qu'il m'ait piégée de la sorte. L'air menaçant, je rapprochai néanmoins ma chaise de la table.

    – Connard. »

 

Pour ne pas vous égarer, je vous sélectionne quelques mots, qui vous parleront peut-être davantage :

 

« Si tu essaies de partir, je te plaque au sol. (…) Il était on ne peut plus sérieux. (…) L'air menaçant. »

 

            Comprenez-vous mon indignation ? Où est le libre-arbitre ? La liberté de chacun d'agir à sa guise, de contredire l'autorité, la contrainte ? Tout cela a disparu. Certains diront que j'exagère et que je pousse le bouchon un peu trop loin.

            En 2016, je trouve seulement scandaleux que des jeunes lecteurs et lectrices puissent encore lire ce genre de livre et assumer que ce genre de relation est la norme : que c'est normal de piéger la personne qui nous plaît, qu'en la forçant (un peu), peu importe l'activité imposée, elle finira par apprécier à un moment ou à un autre. Et que si ce n'est pas le cas, cette personne cédera « par amour », « pour nous faire plaisir ».

            Le consentement, le respect de l'opinion, des choix, des envies et de la parole de l'autre ne sont pas des valeurs à négliger dans une relation amoureuse. Et ce sont exactement les valeurs que je trouve dédaignées dans Dublin Street.

Opinion générale

            Je pense qu'il est évident que je ne recommande pas cet ouvrage. Toutefois, je reste curieuse et avide d'avis sur cet ouvrage. J'espère donc vous avoir donner envie de lire Dublin Street, moins par désir de divertissement, mais plus par curiosité et en gardant un œil critique.

            Malgré tout cela, je ne regrette en aucun cas ma lecture. Elle m'a permise de savoir ce que je recherchais dans mes lectures, et notamment dans les romances (qu'elles soient érotiques ou non).

            L'écriture de Samantha Young reste toutefois agréable à lire : simple, sans fioritures, malgré quelques répétitions. Elle pose plutôt efficacement le décor d’Édimbourg, qui est très plaisant à imaginer. Ses descriptions ne sont pas trop chargées et suffisent pour l'imaginaire du lecteur.

Dublin Street

par Ascelle

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