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Les Codes du Roman Historique

Par Mélissa Restous

 

Découvrons ensemble les codes du roman historique. Mais avant toute chose, pour comprendre ce qui fait la substance du roman historique, il faut savoir d'où il vient. Pour cela, je vous recommande de consulter l'article de Because Banana à ce propos.

Les origines du roman historique

 

À l'origine, dans les romans historiques, l'Histoire n'est qu'un décor comme un autre, et tant que l'évocation historique est crédible, elle est acceptable. C'est pourquoi les nombreux romans historiques d'Alexandre Dumas père, pourtant truffés d'anachronismes, ont connu un immense succès : le lecteur n'attendait pas une exactitude minutieuse de sa part.

 

De son côté, Walter Scott propose d'utiliser les faits historiques pour justifier des faits romanesques. Il ne réécrit pas l'Histoire, il crée de la fiction vraie. Pour cela, il évite les développements didactiques qui ressembleraient à un cours d'Histoire et il cherche au contraire à faire ressentir les faits à travers la fiction.

C'est ce que Micheline Dumont évoque dans l'article « Romans historiques », publié dans Le Devoir le 11 mars 2006 : le roman historique est une « voie d'accès à la réalité historique plus aimable que l'austérité de quelques monographies scientifiques, farcies de références. » Dans Ivanhoé, le lecteur lit pour s'immerger dans le Moyen Âge et s'il a choisi le support du roman, ce n'est pas pour être assailli de chronologies et de détails scientifiques.

Le roman historique : reconstitution de l’Histoire

 

Comme vous avez pu le constater, le roman historique s'attache principalement à trouver le moyen de dégager une impression d'ensemble qui permet au lecteur de s'immerger dans une époque. Il n'y a donc pas vraiment de codes à respecter, ni de liste magique de « do » et « don't » à suivre. Cependant, il existe plusieurs moyens de créer l'impression d'un univers historique précis.

 

Avant (pour savoir quelle direction prendre) ou pendant la rédaction, il me semble essentiel de comprendre – même si on n'utilise pas toutes les informations recueillies au cours des recherches effectuées – le contexte économique, politique, social et culturel de l'époque que l'on veut reproduire. Et ces recherches doivent être minutieuses, variées et croisées, certaines sources n'étant pas toujours fiables. Je vous renvoie d'ailleurs à l'article de Matt' à ce sujet.

 

Le roman historique passe par la reconstitution, plus ou moins détaillée, d'un cadre spatio-temporel précis parce qu'il doit représenter le réel. Un réel révolu, ancien, peut-être oublié. Mais un auteur consciencieux ne peut pas se permettre d'inventer l'Histoire. Il peut combler les vides, s'il en existe, par son imagination ; mais écrire un roman historique exige une forme d'exactitude. Autrement, les libertés prises passeraient pour des erreurs. Il peut également y avoir des apparitions de personnages historiques dont les attitudes et les dialogues sont rendus fictionnels, mais vraisemblables, pour qu'ils puissent interagir avec les personnages inventés de toutes pièces.

 

Certains auteurs, par souci de bien représenter le contexte, donnent une foule de détails, qu'ils soient vestimentaires, architecturaux... C'est le cas de Jean-Baptiste Del Amo dans Une éducation libertine, dont l'intrigue se déroule dans un Paris crasseux du XVIIIe siècle. Le texte s'ouvre ainsi :

 

« Paris, nombril crasseux et puant de France. Le soleil, suspendu au ciel comme un œil de cyclope, jetait sur la ville une chaleur incorruptible, une sécheresse suffocante. Cette fièvre fondait sur Paris, cire épaisse, brûlante, transformait les taudis des soupentes en enfers, coulait dans l’étroitesse des ruelles, saturait de son suc chaque veine et chaque artère, asséchait les fontaines, stagnait dans l’air tremblotant des cours nauséabondes, la désertion des places. »

 

S'ensuit une description méticuleuse de la capitale en 1760 que l'on traverse aux côtés du personnage principal, Gaspard. Les rues sont nommées et soigneusement décrites pour coller au plus près de la réalité. D'autres auteurs se contentent d'installer une atmosphère sans forcément insister sur des points précis, juste pour créer le sentiment d'être à une époque. C'est le cas de Philippe Besson dans son roman En l'absence des hommes. Son narrateur commence ainsi : « J'ai seize ans. Je suis né avec le siècle. Je sais qu'il y a la guerre, que des soldats meurent sur les fronts de cette guerre, que des civils meurent dans les villes et les campagnes de France et d'ailleurs... ». Il n'en faut pas plus pour se projeter en 1916, au cœur de la Première Guerre mondiale.

 

Il appartient surtout au lecteur de croire ce qui lui est dit et de se projeter au temps qu'on lui donne sans qu'il n’éprouve le sentiment d'être submergé par des détails futiles ou par des montagnes de termes qu'il ne maîtrise ou ne comprend pas.

 

Donner la parole à ses personnages

 

L'un des points les plus délicats à aborder dans l'écriture d'un roman historique est la question du dialogue. Paul Veyne, dans son essai Comment on écrit l'Histoire, le fait remarquer ainsi : « Le roman historique le mieux documenté hurle le faux dès que les personnages ouvrent la bouche... ». 

 

Faut-il donc coller au plus près du vocabulaire de l'époque choisie, au risque de rendre inintelligible la moindre parole pour respecter le cadre historique ? Ou doit-on moderniser les discours pour faciliter la lecture de la fiction, mais perdre le réalisme recherché par le genre historique ?

 

Françoise Chandernagor, dans une communication prononcée en séance publique devant l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 10 octobre 2005, avance que la meilleure solution est la suivante : « Il est prudent, dans un roman historique, de réduire au minimum le recours au style direct et au dialogue. Le dialogue, ce procédé commode qui, dans un roman-roman, permet au romancier tantôt de tirer à la ligne, tantôt de faire avancer l’action, est une facilité généralement interdite aux romanciers du passé. ».

 

Le conseil est intéressant mais peut paraître excessif car l'emploi du discours indirect menace le dynamisme du texte et il me semble préférable de trouver un compromis en gardant une certaine harmonie de vocabulaire entre la narration et les dialogues, quitte à moderniser la prise de parole.

 

Gare à l’anachronisme

 

Il y a un point sur lequel il est aussi nécessaire d'insister quand on écrit, et lit, des romans historiques : le genre propose souvent une vision anachronique de l'Histoire. Parfois à cause d'erreurs de dates ou de vocabulaire, comme le fait Alexandre Dumas (père). Parfois, c'est plus sournois et ces romans « constituent sans doute aussi un piège qui dénature cette même réalité historique » (Micheline Dumont).

 

Autrement dit, l'auteur, malgré tout son travail, ses recherches et sa volonté de créer un univers vraisemblable et au plus proche de la réalité, transporte dans son écriture les sentiments et les réactions de sa propre époque. Le rapport à la morale, à la place des femmes dans la société ou à la sexualité n'est pas le même aujourd'hui qu'il y a trois siècles, par exemple.

 

La recette magique du roman historique n'existe donc pas. C'est l'auteur qui possède toutes les clefs nécessaires pour embarquer son lecteur dans l'Histoire. Libre à lui de les utiliser avec parcimonie ou de toutes les essayer, tant que son œuvre reste crédible, vraisemblable et surtout réaliste.

Mélissa Restous
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