Mio
 
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Sa vie

Agatha Mary Clarissa Miller est née en 1890 à Torquay dans le Devon, dans une famille anglaise de la classe moyenne supérieure. Elle est la plus jeune de trois enfants, et son père Frederick Miller meurt alors qu’elle n’a que onze ans. Elle reçoit une éducation à la maison, dans leur domaine d’Ashfield, par sa mère Clara qui lui enseigne la lecture, l’écriture, l’arithmétique et la musique. À l’âge de douze ans, elle est ensuite envoyée en pension, d’abord à Torquay, puis à Paris.

La jeune fille montre très tôt un intérêt pour la lecture et dévore des romans pour enfants ; puis, un peu plus grande, elle se passionne notamment pour l’œuvre de Lewis Carroll. À son retour de pension, en 1910, Agatha écrit ses premières nouvelles, ainsi que des pièces, de la poésie et de la musique. Son premier roman, Snow on the desert, est rejeté par plusieurs maisons d’édition. Elle reçoit l’avis et les encouragements d’un ami de la famille, l’auteur Eden Philpotts, qui lui présente son agent. Ce dernier refuse également son roman mais lui conseille d’essayer d’en écrire un deuxième.

C’est aussi pendant cette période qu’elle rencontre l’officier Archibald Christie, et le couple se marie en 1914 pendant une permission. Au cours de la Première Guerre mondiale, Agatha s’implique dans l’effort de guerre en tant qu’infirmière volontaire. Après la guerre, le couple s’installe à Londres.

En 1919, elle accouche de son unique fille, Rosalind, mais aussi de son premier roman publié : La Mystérieuse Affaire de Styles, qui introduit le personnage du détective Hercule Poirot, confronté à un meurtre dans une demeure typique de la gentry anglaise. Le manuscrit est refusé par plusieurs maisons d’édition, mais The Bodley Head lui offre un contrat, à condition qu’elle change la fin du roman. Agatha s’exécute et le livre est publié en 1920. Suivent Mr Brown en 1922, qui met en scène un nouveau couple de détectives, Tommy et Tuppence Beresford ; puis Le Crime du golf, en 1923, fait revenir Poirot.

En 1926, cependant, Archie demande le divorce pour aller vivre avec sa maîtresse. Le couple se sépare en 1928 après plusieurs épisodes houleux, notamment la disparition d’Agatha pendant onze jours en décembre 1926, qui attire l’attention à l’échelle nationale. Sa voiture est retrouvée vide dans une carrière. Les théories se succèdent : fugue, meurtre ? Des équipes de volontaires se mobilisent pour se lancer à sa recherche, ainsi que plusieurs avions et plus de mille officiers de police. Sir Arthur Conan Doyle lui-même confie un gant d’Agatha à une medium pour aider à la retrouver. Tous ces efforts sont peine perdue, jusqu’à ce qu’on trouve Agatha installée dans un hôtel dans le Yorkshire, sous le faux nom de Theresa Neele (inspiré par la maîtresse de son mari, Nancy Neele). À l’époque, on l’accuse d’avoir monté cette disparition comme un coup de publicité, ou, encore pire, une tentative de faire accuser son mari de meurtre. Certains soulignent son état dépressif, dû à la mort de sa mère et son divorce coup sur coup. Agatha n’évoquera pas cet épisode dans son autobiographie et, à ce jour, le mystère reste entier.

Quoiqu’il en soit, les Christie se séparent enfin en 1928 et Agatha épouse l’archéologue Max Mallowan deux ans plus tard, après l’avoir rencontré sur un chantier de fouilles. Le couple restera marié jusqu’à sa mort, et la romancière accompagne son époux dans ses travaux à travers la Syrie, l’Irak, l’Égypte… Ces décors exotiques et ces longs voyages lui inspirent plusieurs romans, pendant une période qui verra la naissance de ses chefs-d’œuvre les plus connus. On peut citer Le Crime de l’Orient-Express (1934), rédigé dans une chambre d’hôtel à Istanbul, le terminus de la célèbre ligne ; mais aussi Meurtre en Mésopotamie (1936), qui a lieu dans un chantier de fouilles, Mort sur le Nil (1937), Rendez-vous avec la mort (1938) à Jérusalem, Rendez-vous à Baghdad (1951)… Sa nouvelle passion pour l’archéologie et l’égyptologie la pousse même à écrire La mort n’est pas une fin (1945), son unique roman policier qui se déroule en Égypte ancienne.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Agatha travaille au laboratoire de pharmacie d’un hôpital à Londres ; c’est là qu’elle acquiert une grande connaissance des poisons qui vient alimenter ses œuvres. En effet, le poison est utilisé comme arme du crime plus souvent que chez n’importe quel autre auteur. Digitaline, cyanure, arsenic, belladone, strychnine, ricin, thallium, opium... à peu près tous y passent. Elle en décrit les effets avec une précision reconnue par les experts en pharmacologie.

Agatha meurt en 1976, à l’âge de 85 ans. Elle continue à écrire jusqu’aux trois ans précédant sa mort. Ses deux derniers romans publiés en 1975 et 1976, Poirot quitte la scène et La Dernière Énigme, ont en fait été rédigés pendant la Seconde Guerre mondiale et conservés dans un coffre jusqu’à la fin de sa vie. Voyant qu’elle n’arriverait plus à écrire, elle les ressort pour publication. L’objectif de ces deux romans est de conclure les histoires de ses deux détectives les plus connus : Hercule Poirot et Miss Marple. Son but était de protéger l’intégrité de son œuvre en empêchant que des suites soient écrites après sa mort.

Sa fille Rosalind, puis son petit-fils, ont été très soucieux de protéger son œuvre et de faire respecter ses intentions, à travers les multiples rééditions et adaptations dont elle a fait l’objet. En 2013 cependant, les héritiers d’Agatha autorisent et soutiennent la publication d’un nouveau roman écrit par Sophie Hannah et mettant en scène Hercule Poirot, Meurtre en majuscules.

Son œuvre

Agatha Christie a produit un corpus particulièrement fourni : pas moins de 73 romans (dont 66 policiers), 28 recueils de nouvelles, 16 pièces, 2 autobiographies et quelques poèmes.

Son personnage le plus emblématique est incontestablement Hercule Poirot, un détective belge doté d’une moustache soyeuse et d’un ego gros comme ça. Poirot fait son apparition en 1920 dans le premier roman publié d’Agatha, La Mystérieuse Affaire de Styles. Depuis, il a été présent dans 33 romans et 54 nouvelles. Il est souvent accompagné de son ami le capitaine (puis colonel) Hastings, nettement moins brillant que lui, si on veut le dire gentiment. Le duo est calqué sur Sherlock Holmes et le Dr Watson, une influence dont la romancière ne s’est jamais cachée, grande admiratrice qu’elle était des premiers romans de Sir Conan Doyle. La spécialité d’Hercule Poirot, outre tresser constamment ses propres lauriers, est de faire fonctionner « ses petites cellules grises » : il privilégie la réflexion à l’action, et base ses déductions sur une fine observation de la psychologie des protagonistes plus que sur les indices purs. À la fin des années 1930, cependant, tout comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes, Agatha commence à ne plus supporter Poirot, le qualifiant d’« egocentric creep » (sale type égocentrique), mais résiste à la tentation de le tuer car elle considère qu’elle écrit pour son public, qui aime Poirot. Hercule Poirot est le seul personnage fictif qui a reçu une nécrologie en une du New York Times, le 6 août 1975, après la parution de Poirot quitte la scène.

Agatha Christie lui préfère Miss Marple, apparue en 1927 dans L’Affaire Protheroe. Malgré cette affection, elle n’apparaît que dans douze romans. Cette vieille fille très curieuse, installée dans le village imaginaire de St Mary Mead, est basée sur la grand-mère d’Agatha et ses amies qui « s’attendaient toujours au pire avec les gens et il s’avérait souvent qu’elles avaient raison ». Tout comme Poirot, elle utilise plus la déduction et l’observation de la nature humaine qu’autre chose. Sa spécialité est de faire des parallèles entre l’affaire présente et des histoires similaires qui ont eu lieu dans le passé.

Si ces deux-là sont ses principaux héros, plusieurs personnages reviennent à travers son œuvre : le couple d’espions-détectives Tommy et Tuppence Beresford, le colonel Race, la romancière Ariadne Oliver, Parker Pyne, Mr Quinn, ou encore le superintendant Battle. Une poignée de ses romans n’implique aucun détective ou simplement un détective amateur ponctuel.

Elle a également écrit plusieurs pièces, dont La Souricière, qui n’a jamais quitté l’affiche depuis sa création en 1952 dans le West End de Londres. C’est la pièce qui a eu le plus grand nombre de représentations consécutives au monde, le cap des 25 000 représentations ayant été atteint en 2012.

Malgré ces critiques, son impact reste considérable. Ainsi, en l’honneur du 125ème anniversaire de sa mort, 25 auteurs de policier contemporains ont été sollicités pour faire partager leur vision de l’œuvre d’Agatha Christie. La plupart d’entre eux y avaient trouvé leur inspiration, voire leur vocation. Tous étaient capable de citer un ou plusieurs livres préférés dans son œuvre, et les premiers romans policiers qu’ils avaient lus étaient écrits de sa main. Et ça, mesdames et messieurs, ça s’appelle définir tout un genre.

Lorsqu’on parle de roman policier, son nom s’impose comme une évidence. Il faut dire que cette auteur britannique, surnommée par ses compatriotes « The Queen of Crime », a laissé derrière elle une œuvre particulièrement prolifique, qui a proposé des éléments de structure et d’intrigue encore abondamment utilisés aujourd’hui. Ses romans et nouvelles, dont les héros les plus connus sont Hercule Poirot et Miss Marple, sont considérés comme des classiques du genre, et sont encore publiés dans le monde entier plus de cent ans après sa mort.

Son héritage

L’influence d’Agatha Christie sur la littérature en général et le genre policier en particulier est à ce jour inégalée. Il s’agit de l’auteur la plus traduite avec 103 langues, et la troisième la plus publiée après la Bible et Shakespeare. Le Guinness World Records l’a désignée comme la romancière la plus vendue au monde, le tirage de ses livres s’élevant à environ 2 milliards de copies. Dix Petits Nègres est le roman policier le plus vendu de tous les temps et l’un des livres les plus vendus, à hauteur de 100 millions de copies. A cela il faut ajouter les multiples adaptations de son œuvre, qui a fait l’objet de plus de 30 films, des téléfilms et séries, des pièces, des jeux, des bande-dessinées… En 2014, la BBC acquiert les droits tv exclusifs pour l’Angleterre de toute son œuvre.

Je pourrais continuer longtemps avec les chiffres, mais le plus important reste son influence qualitative qui se retrouve à travers tout le genre policier, que ce soit en littérature ou au cinéma. Elle est considérée encore aujourd’hui comme un modèle en matière de suspense, de construction de l’intrigue et de caractérisation des personnages. A travers son œuvre abondante, elle a introduit un grand nombre de motifs récurrents et de clichés dans le genre de l’énigme policière, ou en a fourni le meilleur exemple. La construction de ses romans est considéré maintenant comme une structure classique d’énigme policière : un meurtre est commis ; il y a plusieurs suspects qui ont tous des choses à cacher ; le détective dévoile ces secrets un par un jusqu’à arriver au plus gros (le coupable) dans une révélation surprise à la fin. Dans la plupart de ses livres, la scène finale se déroule sur les lieux du crime, où le détective rassemble tous les suspects, explique son raisonnement et désigne le coupable. Ce dernier est souvent le personnage le moins susceptible d’avoir commis le crime, et certains lecteurs aguerris peuvent donc parfois le deviner à l’avance simplement en repérant le personnage le moins suspect. Mais attention, Agatha Christie est bien plus finaude que ça et cache souvent plus d’un tour dans sa poche…

Elle a également fourni un certain nombre de personnages-types récurrents, représentatifs de son époque et de la bonne société anglaise. On retrouve ici et là le militaire rigide, la vieille fille, l’aventurier des colonies, l’héritier qui court à la ruine… Elle utilise également des stéréotypes courants à son époque, notamment sur les Juifs, les Italiens ou encore les Américains, souvent décrits comme naïfs ou ignorants. Si tous ces personnages peuvent sembler clichés à première vue, son sens très fin de la psychologie les rend chacun uniques et intéressants, cachant souvent des ressources inattendus ou des défauts lamentables une fois confrontés au drame. C’est de leur observation que Poirot et Marple tirent leurs intuitions, et s’amusent parfois à les piéger. Comme précisé auparavant, chacun a des secrets, liés au crime ou non, et ils jouent constamment au chat et à la souris avec le détective.

A la charge d’Agatha cependant, ses intrigues bien huilées n’ont pas fait l’unanimité, ni à son époque ni maintenant. Certains critiques ont pointé le fait que son sens de l’intrigue surpassait largement son style littéraire, assez peu sophistiqué. D’autres ont dénoncé le côté artificiel et mécanique de ses énigmes retorses, notamment l’auteur américain Raymond Chandler dans un essai critique intitulé The Simple Art of Murder publié en 1944. Il dénonce la platitude et le manque de réalisme de nombreux auteurs policiers anglais, notamment Agatha Christie, ainsi que le côté formulaïque et excessivement compliqué des intrigues.

            Sources :

        

Agatha Christie

par Mio

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